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08.05.2008

Le roi était nu

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Je n’aime pas mai 68. Je n’en ai guère de souvenirs précis, car j’étais beaucoup trop jeune à l’époque pour me plonger dans les évènements. 12 ou 14 ans à peine. Je ne sais pas exactement, il n’y a pas d’état-civil au Zaïre(*).

Ce que j’aime le moins dans mai 68, ce sont les quarante mois de mai qui ont suivi. Chaque années, cette date anniversaire divise bruyamment la France entre les abrutis qui défendent l’héritage et les crétins qui veulent le liquider. Ça devient pénible, à la longue.

D‘un côté, la gauchiasse qui pue comme tous les rouquins à tâches rouges. Elle fait remonter à cette époque l’avènement de la liberté d’expression, alors que la chape qui surplombe l’Agora du Frankistan est précisément faite des pavés qu‘on lançait en ce temps-là, comme les drapeaux rouges flottant sur las bâtiments publics le laissaient augurer.

Les sots me rétorqueront que les mœurs publics et privés furent en partie libérés pour l’occasion, tant les adeptes des raisonnements tronqués ne saisiront jamais que la liberté de dire et de penser sont des valeurs patriarcales qui se portent avec le stetson. Elles requièrent un goût prononcé pour l’indépendance et le châtiment sans pitié de ceux qui enfreignent la Loi, pénètrent dans les propriétés privés où reluquent des culs déjà pris..

La permissivité matriarcale n’est en fait tissée que par d’incessants petits cris de femelles et de rappels à l’ordres qui empilés les uns sur les autres font des miradors très présentables et d’autant plus efficaces qu’ils se bâtissent sans qu’on y prenne garde. On y gagne quand on veut tuer quelqu’un sans raison ou gagner sa vie en détroussant les vieilles, puisque Big Mother l’hystérique, celle qui pourrit la vie de toute sa portée, cache toujours son petit que son père cherche pour lui dévisser la tête. Cependant, c’est avec ce père old school qu’on peut mettre les pieds sur la table et siroter des bières, aussitôt que la mère est à la cuisine ou à l’hôpital psychiatrique.

Dans une société où l’on sait manier la guillotine et tenir l’avortement pour un tabou, on pense ce qu’on veut de l’une et de l’autre, mais la réciproque n’est pas vraie. Mai 68 a liquidé ce qui pouvait s’apparenter de loin au deuxième amendement de la constitution américaine, et partant, elle fait un sort à ce qui ressemblait au premier, tant les deux sont indissociables. Le seul peuple d’occident qui fait encore la guerre, c’est aussi celui où des barges ont le droit inaliénable de se réjouir en groupe devant la dépouille d’un G.I. tué au combat, sous les regards méprisants de ses frères d‘arme, tandis que les nations pacifistes gâchent leur testostérone à la chasse aux mots de travers.

Les contempteurs de Mai 68 sentent eux la naphtaline et regrettent ce que l’ancien monde avait de pire. Son école républicaine pleine de psychorigides faisant lire la princesse de Clèves aux tirailleurs Sénégalais pour en faire des républicains, Césaire à la rue d’Ulm et les curés qui inspectaient les dortoirs pour voir si les mains étaient bien posés sur les couvertures.

Paul-Marie Couteaux relate quelque part la conversation qu’il eut un jour au fond d’un taxi avec Daniel Cohn-Bendit. Moi, j’aurais voulu être le chauffeur, pour traiter l’un de liberticide-libertaire et dire à l’autre que la grandeur ne s’achète pas chez les antiquaires. Si tôt dit, j’aurais inventé une panne d’essence et fait descendre ces deux-là pour le seul plaisir de redémarrer en klaxonnant.

Mai 68 devrait nous évoquer une autre chose, et si elle était dite, elle serait aussi cruelle aux oreilles de Cohn-Bendit qu’à celles de ce cher Paul-Marie. La vérité, c’est qu’une poignée de groupuscules gauchistes accompagnés par des enfants pouvaient marcher sur l’Élysée pour balancer notre dernier grand homme à la Seine, parce que l’état gaullien était un village Potemkine. L’armée n’aurait pas sauvé le pouvoir, et un même un carnage hollywoodien n’aurait fait que galvaniser les émeutiers pour les faire courir plus vite vers le palais présidentiel. Pour le dire clairement, la France d’alors n’avait déjà plus les moyens de sa souveraineté, en dépit des sornettes écrites dans le roman National. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Pompidou en personne, via la plume d’Alain Peyrefitte.

Petite anecdote pour vous en convaincre: alors que les émeutes commençaient à s’étendre en province, le ministre de l’intérieur avait demandé à son collègue des armés qu’il lui envoie des gendarmes, ce à quoi il lui fut répondu à peu près ceci: « Dans quel monde tu vis, mon vieux? Si on arrive à tenir Paris, ce sera le bout du monde. Dis à tes préfets de négocier, ils sont tous seuls. »

La France ne dût son salut qu’au seul besoin qu’avait notre allié américain d’une Europe de l’ouest maintenue dans sa souveraineté. Le deal de Yalta prévoyait que les soviétiques ne pourraient pousser leurs avantages jusqu’à l’atlantique sans subir le feu nucléaire, et c’est ainsi que Moscou a donné l’ordre aux communistes Français de sauver le régime en renvoyant les gauchistes chez eux, d‘où les plaisanteries de Georges Marchais sur « le juif Cohn-Bendit » à la une de l‘Humanité. Pompidou était à la manœuvre. Au sortir des conseils, il disait à ses ministres que « les deux Georges » (lui et celui de la CGT) sauveraient la situation, qu’il suffisait de laisser le vieux s’amuser à taper sur la table comme s’il commandait vraiment à des armées.

Ça c’est passé comme je vous l‘explique. Nous fûmes maintenus en vie par l’étranger, en mai 68, et la cinquième colonne étaient pourtant moins fournie que celle d’aujourd’hui, celle qui attend l’appel des minarets.

Ceux qui aiment vraiment la France posent avant toute chose qu’elle n’est plus rien depuis 1940. Les autres ne recherchent que le frisson procuré par sa grandeur passée, quand on l‘évoque en fin de banquet.

(*) Fake!

Commentaires

->"les curés qui inspectaient les dortoirs pour voir si les mains étaient bien posés sur les couvertures."

Vous écoutez Sardou ? Z'avez vraiment des gouts de chiotte :-)
Bon, je retourne à ma lecture !

Ecrit par : vhp | 08.05.2008

Merde, démasqué! ça la fout mal:)

C'est d'ailleurs le seul truc de variété que j'apprécie.

Ecrit par : XP | 08.05.2008

Bah, pour avoir repéré l'allusion, il a bien fallu que j'écoute (et plus d'une fois) l'intégrale... Mais permettez moi de préférer Brel :

http://youtube.com/watch?v=3uns_cTgOU8

Ecrit par : vhp | 09.05.2008

Ce qui me sauve un peu la mise, c'est que c'est une allusion au grand Meaulne d'Alain-Fournier. C'est un des rares type du show-biz qui ai des lettres.

Ca se sent quand il fait l'effort d'écrire bien, et qu'il laisse de côté son dictionnaire de rime.

Ecrit par : XP | 09.05.2008