26.03.2008

Mademoiselle Vincent

Sur ILYS


Nous venons de vivre la sirupeuse agonie de Madame Sébille, une professeure des école qui avait sans doute fait le serment de faire chier la bite à la terre entière jusqu’à son dernier souffle, et plus longtemps si affinités.

La fin lamentable de cette dame morte en fonctionnaire me rappelle que j’ai assisté à la plus belle d’entre toutes, celle de ma grand-mère.

C’est important, de mettre du talent dans sa mort.. et je crois même que la moitié de ce qu’il nous est demandé de bien faire ici bas tient dans cette mission.

Comme dans le poème d’Apollinaire, Gabrielle était née sous X à Marseille en 1914, et sa mère de 17 ans avait déposée sous un porche cette fille de 10 kilos et six mois.

De ces premières années et de son séjour dans une pension pour orpheline, elle avait gardé cette habitude de jurer comme une poissonnière et même de faire des allusions aux couilles qu’elle n’avait pas, si d’aventure on la faisait trop monter.

Un peu plus tard, elle fut placée dans une famille de catholiques méchants comme la peste qui lui ont signifié d’abord qu’elle ne s’appelait plus Gabrielle, ont précisé ensuite que dans les parages on n’aimait pas les filles de putes, avant de conclure qu’il lui faudrait tomber tous les jours que Dieu fait la tête la première dans la neige pour que les porcs qui l’avaient trouvé à l’assistance daignent la nourrir et la scolariser.

Plus tard, elle a fait trois jolies filles qui ont reçu ses yeux bleus en héritage, épousé le seule mâle rescapé d‘une famille nombreuse presque entièrement décimée à Verdun, .pris ses quartiers dans une maison construite en 1830 par mon aïeul, et vécu assez longtemps pour devenir cette vieille acariâtre que j’aimais tant.

C’était ma marraine. Quand j’étais petit, on allait tous les deux en pèlerinage à la Salette. En Autobus. Mon cerveau d’enfant n’étais pas assez grand pour saisir la nécessité d’aller voir des curés qui selon ses termes étaient presque tous des enculés. Je ne comprenais pas pourquoi nous devions avaler cent kilomètres de routes départementales pour aller voir ces gens dont elle me faisait pendant le trajet des portraits abominables, mais je m‘en foutait, je faisais confiance, et j‘étais bien.

Elle est morte comme elle a vécu. Elle a fait de l’hôpital dans lequel elle a rendu son dernier souffle un gueuloir, le gendre qui avait épouser l’une de ses filles pour faire les coffres de la famille s’est vu traiter de fouine de chauve et d’homosexuel refoulé devant un parterre d’employés hospitaliers morts de rire, elle à jeté par terre les barreaux qu’on avait mis autour de son lit, juré, craché, et signifié à la cantonade toute la haine que son passage sur terre lui inspirait.

Ce fut un grand spectacle. Le plus grand show qui n’ai jamais été donné sous mes yeux.

Si vos pas vous mènent un jour dans un cimetière juché au sommet d’une montagne, vous pourrez peut-être la rencontrer. Si vous cherchez, vous trouverez dans une allée deux dates, une pierre, une fleur et deux anneaux. C‘est là que la vieille habite, maintenant.

Le curé qui a fait son oraison funèbre m’a presque réconcilié avec les choses de l’esprit quand il a rappelé à l’assistance que Gabrielle était une personne de chair et de sang méchante et rancunière, que c’est bien sous cette forme qu’elle reviendrait dans nos souvenirs et que la femme sertie d’une auréole qui viendrait dans nos songes en se faisant passer pour elle serait’une usurpatrice, . une salope dont la mission sera de nous la faire oublier.

Pour une raison qui m’a longtemps échappée, ce prêtre à conclu son éloge funèbre par l’évocation de la dépouille de l‘apôtre Pierre enfouie à Rome, sous la basilique Saint-Pierre.

Je crois à la réflexion qu’il a voulu nous parler de la nécessaire fidélité à des choses dont ne devons jamais être dupe et que nous devons traiter avec dérision, pareille à ma grand-mère, dans le bus qui nous menait à la Salette.

Je ne crois pas que la vieille soit encore vivante, je le sais. Grâce à elle, j’ai compris que rien n’est grave ici bas, que la vie n’est qu’une histoire de fou racontée par un idiot et que nous n’avons rien de mieux à faire que de répondre au scandale par le scandale et montrer notre cul jusqu’à notre dernier souffle.

Sauf contre-ordre où changement de programme, je serais enterré à coté de la vieille. En moyenne montagne. Ca fera les pieds et les jambes à mes légataires universels.

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