19.01.2008
Le don d'admiration.
S’il est une chose qui me cesse de m’interroger, c’est bien cette propension du public à lire toujours un peu moins à mesure qu’il écrit de plus en plus. Elle est en effet curieuse, cette attirance pour la littérature, trop faible pour que l’on ai l’envie d’ouvrir un livre, mais assez forte pour que l’on se sente une vocation d’écrivain, fut-il en herbe.
En son temps, déjà, Paul Léautaud s’étonnait qu’autant de femmes écrivent des livres, et comme il était sage et savait remonter de la cause à l’effet, il expliquait par cette inflation d’écrivaine sa difficulté à trouver une femme de ménage qui ne soit pas une souillonne et une voleuse.
Il me semble qu’il existe pourtant une manière de savoir si l’on est doué de la moindre vocation d‘écrivain, et celle-ci consiste à se demander si l’on aime écrire. Si vous prenez du plaisir à la chose, et pire, si vous sentez que vous ne pourrez bientôt plus vous passez d’elle et d’assommer votre clavier à coup de misérables petits tas de secrets , alors c’est que vous n‘en n‘êtes pas.
Que chacun se rassure, ça n’est pas grave. Il existe bien d’autres façons d’occuper son temps intelligemment. On peut faire de la science, enfiler son jogging et ses pantoufles pour descendre au bistrot et tenir le comptoir toute la journée (zezette fait crédit, ne vous souciez pas de la contingence) et de ce fait alimenter l’inspiration d’un écrivain de passage. Un vrai. On peut même, avant de se livrer à cette lascive occupation, courser des dames seules et les détrousser pour aller boire leur argent durement gagné, et s’ ouvrir ensuite à son copain de beuverie romancier de cette double vie qui lui inspirera peut-être son chef-d’œuvre.
Céline disait qu’un écrivain devait mettre sa peau sur la table. Alors certes, tous n’ont pas vocation à devenir Céline, mais enfin, pour trouver sa petite musique et la petite saillie qui n’a pas déjà été dite cent fois, il faut laisser passer la désagréable impression que l’on se tire du sang et que notre œil tourne à mesure que la prose se fait plus claire et qu’elle laisse apparaître le contours de cette putain d’idée que l’on se garde bien d’énoncer en public. Si l’on ambitionne que l’année prochaine elle ne nous fasse pas l’effet d’un pensum ridicule, il faut accepter l’idée que le lendemain au réveil, nous soyons saisis par l’envie de se jeter sur nos feuilles et les déchirer en mous disant « Mon Dieu, qu‘est-ce que j‘ai fait là ».
Un écrivain ne toit tendre qu’à une chose, se voir débarrassé de cette impérieuse volonté d’écrire et de cette marotte contre-nature par le magistral mot Fin de la dernière page de son œuvre, en sachant qu’il n’y parviendra pas et qu’il n’y aura du reste probablement pas d’œuvre, et que Rimbaud seul à pu poser sa plume à dix-sept ans pour ‘en aller le cœur léger et l’âme claire trafiquer des fusils et de la négresse.
Il doit savoir que même s’il monte jusqu’à l’avant dernière marche de son échelle de Jacob, on viendra l’en chercher pour le foutre à Charenton, l’allonger sur un lit sur lequel il resta vingt ans sans piper mot, au côté d’une sœur bigote qui lèguera ses feuillets à des puceaux hystériques, ou bien encore entouré de chiens loups, plus mal sapé qu’un clochard de San Francisco, à donner des consultations de médecine pour des vieilles qui sentent comme toutes les vieilles et qui n’ont le sou qu‘un jour sur deux.
Si pour des raisons qui vous appartiennent vous vous rêviez à la Pléiade mais que la première prise de sang vous à fait fuir, il vous reste toujours le loisir d’aller regarder un dramaturge dans les yeux pour y trouver de la paille et rigoler grassement des faiblesses que vous avez cru déceler dans son style avec d’autre ratés, comme le fait si bien le pauvre Monsieur Naulleau de la Télévision.
En m’autorisant une seule fois l’un de ces bons sentiments dont je me garde d’instinct et font de si mauvais ouvrages, je dirais qu’il est sacrément plus utile à l’écrivain, même amateur, de cultiver le don d’admiration que l’art de la plaisanterie à deux balles sur les travers de ses confrères….
On raconte à Paris que le gros Carlier se trouve dix nouvelles cibles parmi ses confrères à chaque fois qu’il craque un pantalon…
J’ai la conviction profonde qu’il faut passer la terre entière au lance-flamme où à défaut, exprimer la haine qu‘elle nous inspire quand on a la tête est bien faite, mais je crois aussi que Dieu concassera les concierges dans ses marmites pour en faire de la colle.
Je hais les critiques.
13:25 Publié dans Taillage de poncifs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
l'écrivain de race éprouve pour son labeur, celà même que les marins bretons conçoivent pour la Mer. Pour le tout venant, les écriVaines, leurs pages,c'est comme la plage pour les strings qui les lisent... "l'Ecriture", elles grognent d'aise, minaudent, elles mettent vraiment leur peau sur le sable...
Ecrit par : felix niesche | 23.01.2008
Les commentaires sont fermés.