14.01.2008

Lettre ouverte à François Bayrou

Cher monsieur,

Tout autant que la mine satisfaite dont vous et votre électorat ne vous départez jamais, votre présence sur le devant de la scène politique ne lasse pas de m’emmerder et de me donner des envies de concassage de téléviseurs.

Ce matelas électoral qui est désormais le vôtre est bien mal acquis, puisque vous l’avez gagné en flattant ce qu’un démagogue peut trouver de plus bas au cœur de la foule qu’il entreprend de retourner.

Vous avez flatté d’abord l’ignorance la plus vile, de celle qui ne doit rien à la naïveté et tout à cette envie de ne pas savoir, en vous présentant comme l’homme de la rupture et de la rénovation alors même que vous incarnez une famille politique aussi vieille que la République et qui a du sang sur les mains… Beaucoup de sang, des giclées de sang, tellement de sang qu’on en voit pas d’autre qui soit sa contemporaine et qui en ait autant, pour le moins si l’on fait l’effort de remonter de la cause aux effets.

Car enfin, si la responsabilité morale de cette petite chose dont vous avez sans doute entendu parler et qui s’appelle la Shoah revient à Adolf Hitler, la faute politique en incombe en premier lieu à des gens qui ont fait comme vous carrière dans le centrisme et la modération, aux pères spirituels auxquels vous vous référez sans cesse.

Ce sont d’abord des gens de votre famille qui ont permis aux nazis de fourbir leur Zyklon B, puisque ce sont eux qui déclaraient « la guerre hors la loi » alors qu’il fallait la faire pour écraser la bête dans l’œuf, ce sont eux qui gueulaient « arrière les canons » quant il était temps de les sortir pour éviter qu’ils soient un jour rendus obsolètes par des lâchers de bombes atomiques, et ils faisaient tout ça en vertu de ce qui est pire qu’un crime, mais une faute, à savoir la défense de ce sacro-saint « refus des extrêmes » qui plait tant aux bourgeois imbéciles et qui vous va si bien en bouche, mais qui est le concept politique le plus abject auquel on puisse s’accrocher.

« Refuser les extrêmes » consiste à broder un bric et broc idéologique autour d’un postulat diaboliquement faux, à savoir que ceux d’en face ne peuvent vous vouloir du mal où vous en vouloir assez pour vous donner l’accolade et vous congratuler dans des sommets internationaux tout en ayant décidé froidement qu’ils vous combattraient jusqu’à l’extermination, où pour le moins qu’ils vous soumettraient au point de vous faire baisser les yeux quand vous les croiserez sur vos propres terres. Partant, vous en déduisez donc qu’il faut tendre la main à ces incendiaires qui dans vos esprits n’en sont jamais un et ne sont que les victimes d’une injustice où la proie d’un malentendu, mais qu’il faut par contre donner la chasse à ceux qui sonnent le tocsin.

Parce que c’est l’un de vos pères qui est allé à Munich pour « sauver la paix » , Monsieur Bayrou, votre dame qui est pourtant comme vous Catholique pratiquante apprend l’Arabe « pour comprendre l’autre », et cela doit faire autant rire Kadhafi, lui qui prévoit la conquête de l’Europe par les ventres que votre ami Daladier devait inspirer de savoureuses plaisanteries de fins de banquets à Berlin, en 1939.

Mais il existe un autre ressort à vos succès électoraux, Bayrou, et celui là vous honore encore moins que le précédent.

Notre civilisation occidentale est fatiguée, et comme cela lui est déjà arrivée, beaucoup de ses enfants aspirent secrètement à ne plus la défendre et ne plus être tenus de se hisser à la hauteur de ses exigences.

Parce qu’un jour Athènes et Jérusalem ont fini par se rejoindre à la Sorbonne, le peuple Européen a accompli son destin en devenant celui de la raison discursive, de la conviction mainte fois remise sous la lampe de la confrontation, de l’expérimentation, de la guerre des idées, de la Polémos.

Or, si tous ça est bel et beau et nous à permis de conquérir la terre en l’inondant de notre art et de nos sciences tandis que d’autres végétaient de siècles en siècles sous leurs tentes, l’art de la Polémos est plus exigeante que la soumission paresseuse à des préceptes définitifs et immuables, que ceux là soient sensés être sortis de la bouche d’un bédouin du Moyen-Âge ou de la moraline consensuelle du premier crétin venu proposer de « dépasser les querelles idéologiques » et les « oppositions droite-gauche ».

Pour le dire autrement, Bayrou, vous avez fait une razzia électorale au milieu de tous ceux qui ont perdu le goût pour ce qu’il y a de plus haut dans notre civilisation, à savoir cette envie d’apprendre et de méditer pour avoir le dernier mot à la tribune où à la fin d’un repas.

Je le ai vu, vos électeurs, Bayrou, et ils sont souvent vilains à entendre, avec leurs manières agressives de signifier leur dégoût pour les choses de la philosophie, de la théologie, de l’histoire et de la raison froide…

J’en ai même croisé un qui était assez atteint pour me balancer cette phrase qu’il avait du pêcher dans l’un de vos discours: « Je m’en fous de la polémique, ce qui compte avant tout, c’est l’homme ».

Le tas électoral sur lequel vous êtes assis, c’est ça, Monsieur Bayrou…

Commentaires

Ca a été plutôt chaud le baptême du feu chez ILYS
Je suis passé par là avant de reprendre mon indépendance.
Bon courage !

Ecrit par : Les Zéroïnes | 15.01.2008

Tempête dans un verre d'eau, mon cher:)

Ecrit par : XP | 15.01.2008

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