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31.08.2007
Guillaume Faye VS les abrutis fidèles à leurs convictions
Outre son intérêt politique évident, cet entretien a le mérite d'être en filigrane une charge violente contre tous ceux qui adoptent des positions politiques non pas pour penser le monde, mais au contraire pour ne plus avoir à y penser. Il démontre que ceux qui ne changent jamais d'avis n'ont en réalité aucun avis, mais une batterie de réflexes pavloviens grâce auxquels ils s'inventent une patrie idéologique qui n'a pas d'autres buts que de leur permettre de se faire porter pâle quant les appellent le devoir du doute.
nos convictions sont au fond des parties intégrantes de nos patrimoine respectifs. C'est à partir d'elles que nous nous structurons, elles nous servent de sésames pour nous intégrer dans des meutes et nous éviter l'errance solitaire et l'inévitable destin de proie qui attend la bête seule dans la jungle. Cela est vrai, bien entendu, de ceux qui adoptent les positions de la masse, mais aussi de ceux qui pensent à la marge, et sans doute d'avantage pour eux, tant l'hostilité des nombreux les entretient dans l'illusion de leurs probités et leur procure à très peu de frais la fierté de celui qui monte à Golgotha, quand ils ne font que tituber au milieu d'une bande.
A bien y réfléchir, ce commerce entretenu avec le ciel des idées n’est pas plus glorieux et moins imbibé d’égoïsme que celui qu’ils auraient eu s’ils avaient pris le parti de se foutre de tout et de se lover dans le confort matériel, à l’abri des fracas du monde; dans le fond, ceux qui changent d’avis et renient leur famille pour de bonnes raisons font honte à ceux qui leur restent fidèles pour de très mauvaises.
Les Évangiles sont formels, les ennemis du Christ n’ont pas fait crucifier cet autre Juif parce qu'ils ne voyaient pas en lui le fils de l'homme, mais au contraire quand ils furent hantés par la certitude enfouie de qu'il l'était bel et bien...."Fais nous des miracles, si tu es celui que tu prétend être, disaient ils en ricanant"...C'est le miracle de trop qui finit par les convaincre de livrer celui qui les mettait nus face à eux même, en leur démontrant qu'ils avaient moins envie de croire que de se tenir chaud les uns les autres.
(Au passage, cette épisode le l'écriture nous démontre combien nous nous trompons à chaque fois que nous pensons pouvoir nous contenter de livrer le combat rhétorique pour convaincre nos contempteurs de ce qu'ils se trompent: même et surtout si nous arrivons à nos fins, nous aurons à leurs yeux commis le pire des crimes, celui de les avoir dépouillé d'une cassette sur laquelle il comptait vivre jusqu'à leur dernier jour, et dans laquelle in fine ils allaient tranquillement puiser une phrase bonne à dire sur un lit de mort.
Entre autres choses, c'est pour ces raisons que De Gaulle, Churchill et avant eux Clemenceau furent implacablement châtiés par le suffrage universel à la fin des guerres dont ils avaient contribué à ce qu'elles soient gagnées, et c'est pour ça que les cancéreux maudissent les médecins cassandres qui les suppliaient jadis de prendre soin d'eux.)
Nos opinions ne valent que si nous sommes prêts, non pas à les piétiner, mais à les jeter dans la grande marmite hégélienne, au risque d'avoir la tête qui tourne comme si l'on nous tirait le sang, au risque de traverser des déserts de scepticismes au milieu desquels nous serons tentés d'insulter le ciel et brûler ceux que l'on aime le plus. Ce parcours n'a rien de réjouissant, j'en conviens, mais c'est le seul que peut prendre un honnête homme. Il y fait très froid, mais sommes toutes, nos ne sommes pas venus sur terre pour avoir chaud.
INTERVIEW de Guillaume Faye
Monsieur Faye, Quel fut votre rôle au sein de la Nouvelle Droite ou du GRECE ?
Guillaume Faye : Je fus de 1970 à 1986 un adhérent puis l’un des dirigeants de l’association GRECE, réputée avoir été un des centres intellectuels de la « nouvelle droite » ou de l’ « extrême-droite », selon ses diverses appellations journalistiques, termes auxquels je préfère celui de « nationalisme identitaire européen ». J’étais même le numéro deux du GRECE, étant à l’époque « Secrétaire Etudes et Recherches » de cette association. Aujourd’hui, cette « nouvelle droite », comme le GRECE, ne sont plus que l’ombre d’eux mêmes et ont abandonné le combat identitaire. Ils ont abandonné toute idée de défense de l’identité européenne et, en faux rebelles, avides de se faire (évidemment en vain) reconnaître par le système, ils s’alignent totalement sur les positions de l’extrême-gauche et du Monde Diplomatique, par exemple : islamophilie, tiers-mondolâtrie, silence radio sur l’immigration (stratégie d’ « évitement » : surtout ne pas parler de ce qui choque) anticapitalisme sommaire, anti-américanisme rabâcheur et inefficace, antisionisme affligeant, tapageur et haineux, etc.
2/ : Par ailleurs, vous avez été un grand journaliste-humoriste, notamment dans le Groupe Filipacchi et en tant que Skyman, la vedette de Skyrock des années 80, puis vous avez disparu. Comment expliquez-vous cette disparition soudaine ? Est-ce vrai que des anciens « camarades » du GRECE ne seraient pas étrangers à votre diabolisation ?
Guillaume Faye :
Il y eut le mélange de plusieurs choses : de 1980 à 1986, j’ai publié un certain nombre de livres politiques et idéologiques (1) La situation était fort différente de celle d’aujourd’hui et mes idées ont énormément évolué. Puis, à partir de 1986, pris par ce que les Romains appelaient la vis comica, j’ai plongé dans le show-business : radios, télés, cinéma, musique, presse spécialisée, etc. Je bossais sous pseudo, évidemment. J’ai aussi écrits des livres un peu légers (2). Cette période m’a beaucoup appris car, à l’inverse des intellectuels parisiens qui jugent le monde depuis les rayons de leur bibliothèque, j’ai pris l’habitude d’aller au cœur des choses. En 1998, mû par un démon intérieur (on ne se refait pas) je me suis remis à écrire des ouvrages idéologiques (3) et à donner des conférences. Et là, en 1999, des petits malins, qui ne peuvent évidemment provenir que de l’ancien milieu où j’étais auparavant, ont discrètement fait savoir à mes employeurs qui j’étais vraiment, par pure jalousie. Ces derniers ont alors cessé de me faire travailler. On ne nourrit pas le diable… Pour m’en sortir, j’ai fondé ma propre revue mensuelle, J’ai Tout Compris — dont la nouvelle formule s’appelle aujourd’hui Signal d’Alarme (4) — et, en stakhanoviste, j’ai multiplié les bouquins, les articles et les conférences idéologiques.
3/ : Depuis votre « retour » au sein du débat dans les cercles de pensée de Droite, vous ne cessez de dénoncer la dérive pro-arabe, antisémite et pro-islamiste, voire même tiers-mondiste de la Nouvelle Droite et de vos anciens amis du GRECE. Qu’en est-il ?
Guillaume Faye :
J’ai quitté le GRECE et la Nouvelle Droite dès 1986 parce que je sentais déjà très bien cet infléchissement idéologique. Depuis, la polémique avec eux ne cesse d’enfler. Précision importante : la plupart des anciens dirigeants du GRECE ont fini par faire la même analyse que moi et ont quitté cette structure qui n’est plus regroupée aujourd’hui qu’autour de l’écrivain Alain de Benoist et de sa cour, dont les positions actuelles sont absolument les mêmes que celles de Dieudonné ou des mollahs fous iraniens. Je précise que ledit Alain de Benoist, oubliant tout honneur, est allé jusqu’à me traiter dans la presse italienne de « super-raciste » (revue Area, mai 2000). C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Il a choisi son camp, celui du politiquement correct, de la vulgate, de l’analyse indigente, du recentrage courtisan. Et le pauvre n’est même pas invité dans les salons parisiens ni dans les rayons des librairies. Il me semble — et j’y reviendrai plus loin — que ces gens ont une mentalité de collabos. Comme s’ils pressentaient l’arrivée des futurs maîtres. Ils ont déjà une attitude de dhimmis, de « soumis ».
Aujourd’hui, je travaille en étroite association avec d’anciens membres de la Nouvelle Droite qui l’ont quittée comme moi et qui ont monté des réseaux et des cercles d’influence culturelle et idéologique dans toue l’Europe, de la Russie au Portugal, ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada. Et je prépare, bien entendu, de nouveaux livres.
4/ : Avez-vous remarqué dans les nouveaux milieux avec lesquels vous travaillez (ainsi qu’avec le Front National qui vous a invité à plusieurs reprises à parler) une hostilité contre les juifs, des relents d’antisémitisme ?
Guillaume Faye : Non, ce n’est plus vraiment le problème. L’antijudaisme (terme préférable à « antisémitisme ») fond comme neige au soleil dans une très grande partie de ce qu’on appelle l’« extrême-droite ». Bien entendu, il y a d’importantes poches de résistance ; on ne se défait pas en un jour d’une longue tradition antijuive. Et il y a aussi une partie de cette « extrême droite », dont le GRECE (j’y reviendrai plus loin) qui verse dans l’antisionisme virulent, couplé à une « palestinophilie » aigüe. Mais, cette sphère idéologique est de plus en plus isolée dans la mouvance dont je vous parle ; tout simplement à cause du problème massif que posent l’islamisation de la France et la déferlante migratoire. Dans ces conditions, l’antijudaisme est oublié, le Juif n’apparaît plus du tout comme une menace. Dans les milieux que je fréquente, je n’ai jamais entendu ni lu d’invectives antijuives. On rencontre même de nouveau des gens (comme c’était le cas dans les années soixante) qui approuvent et soutiennent la « droite israélienne ». J’essaie de faire comprendre (et mon message finit, peu à peu, par passer) que l’antijudaisme est une position politiquement obsolète, inutile, dépassée, même camouflée sous l’antisionisme. Nous ne sommes plus au temps de l’Affaire Dreyfus. De plus, les antijuifs n’échappent pas à une terrible contradiction : ils semblent mépriser les Juifs mais prétendent que ces derniers dominent le monde. Donc, ils pensent que les Juifs sont une race supérieure ? L’antijudaïsme est une forme de schizophrénie politique, un sorte de philo-judaïsme inversé, l’expression d’un ressentiment. Je ne juge pas l’antijudaïsme d’un point de vue moral ; après tout, on peut être frustré et détester qui l’on veut. Je ne mélange jamais morale et politique. Mais ma position est celle de Nietzsche : taper sur les Juifs ne sert à rien, c’est une passion politiquement stupide et improductive.
5/: Nombre de groupuscules d’extrême-droite qui vous lisent vous accusent par ailleurs d’être outrancièrement pro-américain et « néo-sioniste ». Pourquoi ?
Guillaume Faye :
Ces gens-là sont des hémiplégiques, doublés de menteurs professionnels. Tout d’abord, je n’ai jamais été « outrancièrement pro-américain ». Il suffit de lire mon essai Le Coup d’État mondial , essai sur le Nouvel Impérialisme Américain (qui est un démontage de l’idéologie des néo-conservateurs) pour s’en convaincre. Ma position n’étant pas manichéenne mais stratégique, elle est incompréhensible pour ces exaltés. Je ne suis ni anti-américain, ni pro-américain, mais nationaliste européen. Les USA ne sont nullement le Grand Satan, l’ennemi principal, mais peuvent être, selon les circonstances, selon leur stratégie gouvernementale, un adversaire, un concurrent, voir un jour un allié. Le dogme anti-américain ( j’ai appelé cela l’AAOH, l’ «anti-américanisme obsessionnel et hystérique » ) est, comme tout dogme, impolitique. Désolé, mais je préfère les Mac Donald aux mosquées, les pom-pom girls aux femmes recluses, battues et voilées, les universités américaines aux obscurantistes madrasas islamiques, etc.
Concernant le sionisme, ces mêmes gens qui me traitent de néo-sioniste m’accordent cette épithète tout simplement parce que je ne suis pas, comme eux, un anti-sioniste hystérique, et que je n’éprouve aucune sympathie ni aucun intérêt pour la « cause palestinienne ». Comment pourrais-je défendre un peuple musulman (prétendument « martyr », ce qui se discute) au moment même où l’islam entreprend la conquête de l’Europe ? En quoi le « sionisme » et l’État hébreu menacent-ils l’Europe ? C’est donc aussi ma farouche opposition défensive à l’islam et à la stratégie arabo-musulmane qui explique que ces gens-là, qui sont devenus des arabophiles et des islamophiles énamourés, me traitent de « néo-sioniste ».
Ils ne supportent pas que je refuse le point de passage obligé de l’ « antisionisme ». Comment pourrais-je être « sioniste » puisque je ne suis pas juif ? Et comment pourrais-je être « anti-sioniste » puisqu’à aucun moment, l’idéologie sioniste (à l’inverse de l’islamisme, du communisme, du gauchisme, du droit-de-l’hommisme et du christianisme post-conciliaire masochiste) ne combat ou n’entrave de près ou de loin les idéaux que je défends, c’est-à-dire le maintien de l’identité européenne ? En quoi la disparition d’Israël servirait-elle ma cause ? Penser l’État hébreu comme ennemi est une idiotie géopolitique pour tout identitaire européen.
Le GRECE actuel d’Alain de Benoist (qui n’a plus rien à voir avec celui de ses origines), les groupuscules « nationaux-révolutionnaires » animés par l’exalté Ch. Bouchet et la camarilla de militants d’ « extrême-droite » convertis à l’islam, qui sont tous très liés entre eux, sont en réalité totalement alignés sur les positions du gouvernement iranien, qui les fascinent comme le serpent les moineaux. Pour eux, je suis évidemment l’ennemi absolu.
Voilà comment j’interprète leur raisonnement tordu : au départ, il y a une haine viscérale (à expliquer par la psychanalyse) de tout ce qui est israélien, américain, sioniste. (Attention, je n’ai pas dit que chez tous, c’était là une forme camouflée d’antijudaisme névrotique, voire de référence paranoïaque et onirique au Troisième Reich, mais enfin, chez certains, il y a de ça.). Deuxième mouvement : comme on est antisioniste et anti-américain obsessionnel, on en vient, par passion et simplisme mental, à l’islamophilie, à l’arabophilie, voire à l’immigrationnisme. Ces gens-là finissent donc par s’aligner sur les positions de Dieudonné (qu’ils courtisent activement), et de la sphère d’extrême-gauche pro-arabe. Avec, en plus, un discours tiers-mondiste et anti-capitaliste totalement décalqué sur la vulgate néo-marxiste la plus cul-cul, dont Alain de Benoist est le haut-parleur depuis longtemps dans l’ « extrême droite ». Ce que je trouve assez glauque dans ces contorsions intellectuelles, c’est que ces pseudo-identitaires européens, au nom de leur antisionisme (et pour certains antijudaisme), sacrifient totalement la défense de l’identité européenne et se jettent dans les bras de l’islam, du pro-arabisme, du tiers-mondisme. Ils concentrent tous leurs tirs contre Sion, aveuglés par la haine. La déferlante migratoire sur l’Europe ? C’est, pour eux, inéluctable et, au fond secondaire. L’essentiel est le combat contre l’Hydre sioniste et le Satan américain, coude à coude avec le vaillant Islam. Ils se sont masturbé avec délice sur les déclarations du timbré Amadinehjad.
Le problème est que leurs nouveaux « amis » les considèrent comme des collabos et les méprisent comme traîtres patentés. Je n’envie pas leur sort futur. Pourtant, je soupçonne qu’ils misent sur une islamisation de l’Europe, sur l’ « avenir ». Ils aimeraient être du bon côté. Ils aimeraient être des dhimmis (soumis) bien traités. Mais ils ne le seront pas. D’autre part, les gens précités veulent faire oublier (en vain, évidemment) leur passé politiquement incorrect et se fabriquer un faux passeport d’ « antiracistes », en apparaissant comme les grands amis de l’islam, des Arabes, de la cause palestinienne, du pauvre tiers-monde opprimé par la « forme-Capital américano-sioniste ». Cette attitude est non seulement intellectuellement indigente, mais elle peut surtout être qualifiée par ce terme : la lâcheté.
6/ : Qu’est-ce que le Sionisme pour vous ?
Guillaume Faye :
Le Sionisme est l’affirmation de la réinstallation d’un peuple sur une terre qu’il estime être la sienne. Le Sionisme est aussi une idéologie très composite : celle de l’Alhya, c’est-à-dire du « retour » des juifs dispersés, mais aussi, à l’origine, de la construction d’une nouvelle forme de société.
Je connais assez bien ce sujet parce que je prépare un ouvrage qui va faire un certain bruit dans le « milieu » et qui va s’intituler « La Nouvelle Question Juive. » Le sionisme, élément très récent dans l’histoire juive, théorisé à la fin du XIXe siècle, par Hetzl et Buber (qui n’étaient pas sur les mêmes positions, d’où le « compromis israélien ») est la tentative (réussie, cas unique dans l’histoire) de reconstituer un État hébreu, en fait le mythique Royaume de David, à partir d’une diaspora et ce, afin d’échapper aux persécutions et de renouer avec la tradition post-mosaïque.
Il faut noter que beaucoup de juifs religieux étaient contre ce projet (et il en existe toujours) car il semblait viser la construction d’une entité profane et étatique. Le projet sioniste est un exemple absolument exceptionnel dans l’histoire d’ « archéofuturisme » (du nom d’un de mes ouvrages, L’Archéofuturisme ), c’est-à-dire de reconstruction, de renaissance, de résurrection et de projection dans l’avenir d’une forme politique passée mais nullement oubliée. La reconstitution d’une langue nationale et étatique, l’hébreu, n’a pas d’équivalent dans l’histoire. C’est un acte majeur de volontarisme politique. Il y a une « saga » du mouvement sioniste qui, observée de mon point de vue non-juif, correspond aux valeurs que je défends : attachement à une terre, au lignage de son peuple, à ses traditions, à sa perpétuation historique, à une fidélité de filiation, à une homogénéité ethnique et à une volonté collective. Le sionisme constitue donc un exemple de création d’une forme politique et étatique nouvelle autour d’un peuple, dont devraient s’inspirer les refondateurs identitaires européens. Mais, bien entendu, même si j’en applaudis les principes, le sionisme n’est pas ma cause, puisque je n’appartiens pas au peuple juif. Simplement, je ne vois au nom de quel fantasme, je le combattrais…
Maintenant, je pense que (et je ne m’en réjouis absolument pas) le projet sioniste et l’existence d’Israël sont menacés par la balance démographique, en faveur des musulmans ; ainsi que par l’extension d’une guerre terroriste qui peut provoquer l’exode des élites, ainsi que par la baisse probable des soutiens internationaux en faveur d’Israël. La grande erreur qui fut commise : avoir accordé la nationalité israélienne à une minorité musulmane en 1948 plutôt que d’avoir organisé une claire et franche partition. C’est la conséquence des idées « humanistes » de Buber et de son fameux livre Ich und Du. Une dernière chose : on me raconte (discours officiel) que l’État hébreu sioniste s’est comporté de manière ignoble et persécutrice vis-à-vis des malheureux « Palestiniens ». Même si c’était vrai, ce n’est pas mon problème. Et, en plus, je pense que c’est très exagéré. Il est de l’intérêt politique des identitaires européens que l’État israélien se maintienne. J’en parlerai dans mon prochain livre à paraître. Cette position choquera les attardés. Tant pis pour eux.
7/ : Est-ce vrai que vous avez prononcé des conférences au Sénat à l’invitation du Club sioniste très influent de Jean Mandelbaum, cercle qui a invité l’avocat de Chirac, Spiner, et la plupart des sionistes célèbres de France ?
Guillaume Faye :
Tout à fait exact. Je leur notamment expliqué que les intellectuels et hommes politiques juifs qui avaient soutenu, au nom d’une vision délirante de l’ « antiracisme », l’immigrationnisme et l’islamisation, étaient des irresponsables. Le public était d’accord. Je réponds à toutes les invitations. J’ai parlé devant le FN, le MNR, le Rotary Club, le PS du XVe arrondissement, le parti républicain à Washington, le parti Rodina à la Douma de Moscou, le parti breton Adsav, l’Université de Saint-Pétersbourg de nombreuses associations culturelles françaises, belges, allemandes, italiennes, espagnoles et cercles en France, en Allemagne, en Italie, etc. Je suis un électron libre, j’affirme mes idées sans complexe. J’ai même été invité par des cercles musulmans qui voulaient savoir ce que j’avais derrière la tête, étant donné mes positions anti-islamistes. Je parlais à côté d’anciens amis de la « nouvelle droite » convertis à l’islam et antisionistes obsessionnels. J’ai senti que ces musulmans me respectaient beaucoup plus que ces convertis trouillards et obséquieux. Je leur ai expliqué qu’ils étaient en train d’envahir l’Europe, que je n’étais pas dupe de leur stratégie et que mon devoir était de les combattre et que – vraiment désolé – j’avais parfaitement démonté les ficelles de cette manipulation en faveur de la « cause palestinienne », comme de la fable de l’islam « religion de paix ». Je leur ai expliqué que mon devoir était de m’opposer à leur djihad, que je n’étais pas dupe de leur hypocrisie coranique, qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient chez eux mais pas chez moi, qu’il ne fallait pas qu’ils me prennent pour un idiot en parlant de la « menace sioniste », etc. lls m’ont écouté parler en silence, très courtoisement, assez inquiets, attentifs et, à la fin, un intellectuel algérien m’a dit, avec un grand sourire : « heureusement pour nous que la plupart des Français n’ont pas votre lucidité et ne nous connaissent pas comme vous nous connaissez.»
8/ : Assumez vous l’appellation « extrême-droite », et comment expliquez vous votre image sulfureuse, et extrémiste ?
Le terme « extrême droite » est flou et peu rigoureux, en termes de sémantique politique. Mon cas est un peu spécial. J’ai bâti mon idéologie propre, qui dérange un peu tout le monde, puisque je bouscule aussi bien les vulgates islamophiles que les préjugés antisionistes, les pro-US et les anti-US, et de même dans mes théories économiques et géopolitiques.
J’essaie de construire une idéologie nouvelle. Qu’on me lise et qu’on étudie mes textes avant de porter des jugements hâtifs. En fait, je dérange tous les camps, je brouille les étiquettes. Je suis d’abord moi-même, mais qu’on me traite d’ « idéologue de l’extrême-droite » ne me dérange nullement. Je ne suis pas comme ces vieux crabes transis de peur qui veulent se cacher derrière leur petite pince. Pourquoi mon image sulfureuse et « extrémiste » ? Tout simplement, parce que j’ai affronté de face et de front dans mes écrits et mes conférences publiques l’islamisation de l’Europe, l’immigration invasive, le néo-totalitarisme de l’idéologie régnante et le recul de la liberté d’expression, et le phénomène général de décadence que vit cette civilisation en fin de cycle. Et, comme tout cela m’a valu des procès et des condamnations, il est normal que les bien-pensants me considèrent comme « extrémiste ». « Extrémiste », aujourd’hui, cela signifie comme jadis dans l’URSS stalinienne : dissident qui dit la vérité.
9/ : Vous avez probablement entendu parler du scandale déclenché par un article retentissant d’un ancien du GRECE devenu apparemment politiquement correct, Joseph Macé-Scaron, journaliste à Marianne, qui a lancé la promotion d’un livre sulfureux et haineux accusant tous les penseurs de droite comme Alexandre del Valle ou Guy Millière liés à la communauté juive ou les Juifs sionistes de droite comme Goldnadel ou Kupfer (Likoud) d’être des « Fachos ». Qu’en pensez-vous et que pouvez-vous dire sur l’étonnant accusateur Macé-Scaron ?
Guillaume Faye : Au vu de cet article de Marianne signé par M. Joseph Macé-Scaron, dont un passage prétend ou suggère que M. Alexandre Del Valle aurait appartenu à ladite mouvance ou en aurait été idéologiquement proche, je puis vous affirmer indépendamment de tout ce que l’on peut penser du sieur Del Valle et même si l’on peut être en désaccord avec lui, qu’il n’a jamais appartenu, ni de près ni de loin, à la « nouvelle droite », au GRECE, ni à aucune organisation d’ « extrême-droite », ni participé à aucune de ses réunions de l’époque. Je m’en serais tout de même aperçu, vu que je suis au centre de cette famille de pensée et que je connais parfaitement chacun de ses « intellectuels » !. M. Del Valle n’en a jamais fait partie et n’a jamais été invité à y débattre ni à y écrire. Il a par contre participé à une conférence mentionnée par Macé-Scaron durant laquelle il a provoqué des vives réactions dans la salle lorsqu’il a violemment attaqué les idées véhiculées par le GRECE et son contradicteur de la Nouvelle Droite, en l’occurrence Champetier (qui a d’ailleurs, depuis, quitté cette organisation). Je témoigne que, comme Taguieff, jadis lynché pour les mêmes raisons dans Le Monde, del Valle a débattu contre et non pas pour la nouvelle droite, ce qui change tout, car débattre avec quelqu’un ne signifie pas adhérer à ses idées ni en être solidaire.
Lorsque Del Valle est apparu dans des colloques en face d’intellectuels de la Nouvelle droite néo-païenne ou du GRECE ou autres, il a toujours vivement critiqué ce qu’il considérait comme l’ « antisémitisme et l’antisionisme » des pro-Arabes obsessionnels de cette mouvance dont je parle plus haut. C’est la vérité dont je suis témoin (je ne juge pas les positions du sieur Del Valle), fort différente des allégations du mauvais journaliste Macé-Scaron.
tente de faire oublier son passé lorsqu’il accuse certains d’avoir participé à des conférences avec des gens prétendument proches de la Nouvelle En revanche, l’accusateur Joseph Macé-Scaron qui, apparemment, Droite, est assez mal placé pour accuser notamment Goldnadel ou del Valle, car il fut quant à lui bel et bien un adhérent et un cotisant du GRECE , ainsi qu’un de ses fervents militants et dirigeants entre 1978 et 1985 ! Macé-Scaron travaillait même à temps plein (en tant que « permanent ») dans la « cellule presse » de la Nouvelle Droite (GRECE), après avoir prêté serment et été adoubé, en compagnie de son ami le journaliste Thierry Deransart, selon le rite pagano-chrétien de la chevalerie, séance à laquelle j’ai assisté en présence d’autres. Son parrain et adoubeur est toujours un de mes bons amis qui, certainement acceptera de témoigner, et est actuellement un cadre du MNR (ex-FN). Un autre de mes bons amis, qui était à l’époque secrétaire général du GRECE (et qui a quitté cette association pour des raisons voisines des miennes) pourrait également témoigner de la lourde implication de M. Macé-Scaron. Etonnant accusateur que M. Macé-Scaron, formé par l’ « école de journalisme » que nous avions mise en place au GRECE, à l’époque où nous avions très largement infiltré le Figaro Magazine — dont deux rédacteurs en chef successifs furent des dirigeants du GRECE, MM. Valla et Plunkett, et où écrivaient un nombre important de membres de cette association et de la mouvance — dont moi-même évidemment. Je me souviens parfaitement que, dans le cadre de cette « école de journalisme », j’ai contribué à former (idéologie, écriture, propagande) M. Macé-Scaron, qui était un très bon élève ; ce dernier a donc débuté sa talentueuse carrière journalistique par son entrée au Figaro Magazine, grâce au GRECE.
Par la suite, comme bien d’autres journalistes qui avaient, du fait du GRECE et de la Nouvelle Droite, entamé leur parcours professionnel au Figaro, à Valeurs Actuelles ou ailleurs, il a tenté de faire oublier cette encombrante généalogie et a - publiquement- changé d’idées. C’est humain, et qui pourrait le lui reprocher, dans une époque où il faut montrer patte blanche pour faire carrière ? L’erreur majeure qu’il a commise fut de cracher dans la soupe et de dénoncer ses anciens amis. C’est pourquoi je me permets de rétablir la vérité.
Cela dit, les idées que diffuse le GRECE aujourd’hui, je le précise une nouvelle fois, ne sont pas du tout les positions identitaires fortes (d’ »extrême droite » comme disent les journalistes) qu’il défendait lorsque M. Macé-Scaron en faisait partie. Et qu’il en était un des « jeunes espoirs ».
Ce qui n’est pas admissible, c’est que M. Macé-Scaron, en piètre délateur, accuse mensongèrement d’autres personnes d’appartenir à une mouvance dont il fut lui-même partie prenante et de diaboliser cette famille de pensée qui lui a tout de même mis le pied à l’étrier… J’ajoute que je suis parfaitement prêt à étayer et à préciser mon témoignage, si besoin est... D’autres dirigeants du GRECE de l’époque seraient peut-être prêts à confondre M. Joseph Macé-Scaron.
10/ : Macé-Scaron a-t-il conservé des amitiés occultes extrêmes-droitières, néo-païennes, ou nouvelle droite ?
Guillaume Faye :
Comment le saurais-je ? À mon avis, non. Il a dû tout entreprendre pour se refaire une virginité et effacer sa propre « traçabilité ». Comme beaucoup d’autres l’ont fait, aujourd’hui très bien installés dans les médias et l’entreprise grâce à notre mouvance dont l’entrisme, à l’époque (1975-1985) était très efficace. Mais je ne lui reproche, encore une fois, nullement, cette rupture. Chacun a le droit de changer. L’ingratitude est méprisable mais elle pas immonde. En revanche, M. Macé-Scaron a commis une très lourde erreur (la bêtise ? ) en allant hurler avec les loups et en salissant cette famille qui fut la sienne et qui l’avait largement aidé.
Vous savez, je connais ce milieu par cœur. Je pourrais vous citer une bonne trentaine de noms de gens des deux sexes qui ont été très impliqués à la grande époque de la Nouvelle Droite et du GRECE, (et même après) que nous avons formés, aidés, placés, peu ou prou, ou qui furent des militants voire des permanents. Ils sont bien au chaud dans mes carnets forts bien tenus. Ils ont fait de belles carrières, certains sont très médiatisés. Mais jamais, je n’irai parler de leur « passé », ce serait de la délation déshonorante. En revanche, si l’un d’entre eux ou l’une d’entre elles s’en vient à cracher dans la soupe, sur nos idées, notre mouvance et à les diaboliser publiquement, ou à tenter de nous nuire par quelque moyen, je remettrai les choses à leur place en révélant leur passé. Je ne leur demande pas le courage mais le silence. Le combat, je me charge de le continuer.
11/ : Concernant la question centrale du révisionnisme, est-ce vrai que le GRECE et la Nouvelle droite de l’époque était en grande majorité révisionniste et/ou antisémite ? Cela semblait-il choquer Joseph Macé-Scaron à l’époque ?
Guillaume Faye : J’ai quitté le GRECE en 1986. Jamais le révisionnisme n’y a été à l’ordre du jour. De même, aucun antijudaisme ouvert ne pouvait s’y exprimer. Simplement, d’un point de vue sociologique, ou socio-historique, tout ce milieu baignait dans une atmosphère qui n’était évidemment pas favorable aux juifs, bien que plusieurs membres du GRECE fussent d’origine juive. Il faut bien savoir que la droite juive sioniste nous était très hostile. En 1979, au Palais des Congrès de Paris, notre colloque annuel a été attaqué par l’OJD, l‘Organisation juive de Défense, ce qui s’est soldé par beaucoup de blessés des deux côtés. Ce n’était pas un hasard. L’idéologie que nous exprimions (et le contexte idéologique de cette époque était extrêmement différent de celui d’aujourd’hui) déplaisait fortement à ces milieux juifs, et en particulier au Bêtar. Les raisons de cette hostilité n’étaient d’ailleurs ni sérieuses ni cohérentes. Mais, c’est effectivement à cette époque que M. Macé-Scaron a adhéré au GRECE. Il est bien évident qu’il ne pouvait pas ignorer le contentieux qui nous opposait aux milieux juifs.
12/ : Des rumeurs prétendent que Joseph Macé-Scaron qui n’arrête pas de clamer les origines juives de sa grand-mère se serait habilement inventé une généalogie juive pour
faire oublier ou compenser son sulfureux passé et ses amis droitistes fachos comme Deransard. Qu’en dites vous ?
Guillaume Faye : Je n’accorde jamais foi aux « rumeurs ». En tous cas, lorsque M. Macé-Scaron a adhéré au GRECE, il n’a jamais fait mention de cette mystérieuse « grand-mère juive ». Et d’ailleurs, l’eût-il fait que cela ne l’aurait nullement empêché d’adhérer. Entre parenthèse, je trouve que terme de « facho » est un concept polémique et sans aucune validité socio-politique. Prenez mon cas : le corpus idéologique que je construis depuis presque trente ans n’a aucune filiation avec le « fascisme » ; et pour une raison simple : je ne connais pas la doctrine politique fasciste et ne peux donc pas m’inspirer de cette période. Je construis sur des bases nouvelles et actuelles. Pour revenir à Macé-Scaron, une chose est sûre : il tente, comme un lièvre aux abois, de faire oublier ses engagements passés. Il aurait mieux fait de se taire. Vous connaissez le proverbe chinois : « il ne faut pas tirer la queue du tigre qui dort ».
13/ : Dans un registre proche, pouvez-vous confirmer qu’un certain nombre de personnalités médiatiques bien plus sulfureuses que vous ont étonnamment été épargnées alors qu’elles ont un passé au moins aussi droitier que vous ? Est-ce vrai que le fait de ne pas parler d’immigration et de ne pas dénoncer l’Islam est le secret pour être épargné ? Si l’on fait notamment allusion à Karl Zéro ?
Guillaume Faye : Ce n’est pas le secret pour être épargné, mais ça aide. Karl Zéro n’a jamais adhéré au GRECE, mais il écrivait et faisait des BD politiquement incorrectes dans la revue satirique de son frère, Bruno Thélène, Jalons, dans les années 80. Or il se trouve que j’écrivais aussi dans cette revue, dont le comité de rédaction était « ultra-droitiste ». Or, ce personnage médiatisé ne cesse, pour se dédouaner, de dénoncer ses anciens amis et l’ « extrême droite ». Je le soupçonne de faire partie de ceux qui ont tenté de m’attirer des ennuis et de me faire virer des « grands médias ». Son cas est proche de celui de Macé-Scaron. Il a perdu un procès contre un ancien membre du GRECE qu’il accusait dans la presse d’être ce que vous appelez un « facho ». Je possède tous les dossiers. En tout cas, Karl Zéro est un personnage peu reluisant.
13 / : Karl Zéro n’était donc pas directement membre du GRECE ? Y-a-t-il d’autres ex-antisémites ou fachos épargnés et pourquoi le sont-ils ?
Guillaume Faye : Je vous répète : Karl Zéro n’était pas adhérent, mais il faisait partie de la « mouvance » de la Nouvelle Droite, du « deuxième cercle », si vous voulez. Il venait aux réunions informelles, aux soirées. Il a vite compris qu’il fallait en sortir. Encore une fois, je ne peux accuser personne de ceux qui étaient dans la mouvance à cette époque d’avoir été « antisémites », vu que cette question n’était jamais abordée ! Celles et ceux qui sont « épargnés » le sont (je me répète encore) soit parce qu’ils ont montré « patte blanche » en épousant la vulgate de l’idéologie hégémonique, soit –surtout – parce qu’ils ont soigneusement camouflé leur passé de dissidents. Ce dernier ne sera jamais révélé à leurs maîtres ni par moi ni par mes amis, sauf évidemment si les intéressés se livrent à des campagnes de calomnies contre nous.
14/: Que pensez-vous d’Israël, de son avenir, puis de celui de l’Europe face à l’Islam ?
Guillaume Faye : J’ai déjà répondu à ces questions. Israël est principalement menacé par sa faiblesse démographique face aux musulmans hostiles — encore plus que par la future bombe atomique iranienne. Je ne considère pas cet État comme hostile ni menaçant et je pense que l’ « anti-israélisme » serait, pour les identitaires européens, une erreur géostratégique lourde. Une des forces d’Israël c’est, entre autres, son très haut niveau scientifique et de recherches (4,9% du PIB consacré à la recherche-développement, le niveau le plus fort du monde). L’ « alliance arabe » est, pour l’Europe, une impasse dramatique, de même que toute forme de tiers-mondisme, suprême naïveté. Quant à l’islam, l’Europe affronte aujourd’hui la troisième tentative historique (et sans doute la plus dure) depuis le VIIIe siècle de cette « religion-civilisation » pour la conquérir et la transformer en Eurabia. L’Europe est également confrontée à un déferlement migratoire incontrôlé qui est en train d’opérer une véritable substitution de population. Détourner son attention sur un antisionisme fantasmatique, sur un anti-américanisme primaire, est la pire erreur que l’on puisse commettre en politique et que dénonçait Nicolas Machiavel : se laisser gouverner par les passions et non pas par la froide et claire lucidité.
15/: Les Etats-Unis sont-ils un adversaire ou un ennemi ou encore un allié de l’Europe face à la colonisation islamique ?
Guillaume Faye : Les USA n’existent pas comme « entité homogène », ce que ne comprennent pas les anti comme les pro-américains. Des forces politiques à Washington ( les « néo-cons ») ont tenté de jouer la carte de l’islam pour affaiblir l’Europe et la Russie. Malheureusement pour eux, ils ont attisé le terrorisme islamique et se sont laissé prendre dans le piège irakien. La politique actuelle de Washington est stupide et maladroite. Mais, de leur point de vue, les dirigeants de Washington ont toujours cherché à empêcher l’union continentale Europe-Russie (que j’appelle « Eurosibérie »). Cependant, il existe maintenant aux USA de nouvelles forces idéologiques, avec lesquelles je suis en étroites relations, qui estiment indispensable la restauration d’une puissance européenne, qui pensent bel et bien que nous sommes au début d’un choc de civilisations qui opposera globalement le Nord au Sud, (pour schématiser et que nous le voulions ou non) même si cela choque les intellectuels à système qui confondent leurs désirs avec les réalités. Ces nouvelles forces estiment aussi (même chez ceux qui étaient des Américains antijuifs) qu’un compromis historique et qu’une entente de fond est nécessaire avec les élites juives pour entraver l’immigration incontrôlée et l’islamisme. Ils commencent enfin à comprendre (comme d’autres en Europe) que l’aversion antijuive est une impasse totale.
J’ai toujours écrit et dit qu’aujourd’hui les USA étaient un adversaire mais non pas un ennemi. Il faut convaincre les élites américaines de la nécessité d’une alliance ethnopolitique entre tous les peuples d’origine européenne. J’ajouterais que l’arrogance et l’impérialisme des gouvernants américains n’a qu’une seule cause : la faiblesse, le renoncement et la mollesse des gouvernants européens. Quant aux juifs, même s’ils sont « un cas à part », ils constituent un peuple apparenté et ils doivent participer à cette alliance. Évidemment, ils devront faire, de leur côté, des efforts. J’appelle cela par ce terme que je répète : un compromis historique.
16/ : Vous qui avez fait votre mea-culpa pour avoir dit jadis Europe-Monde arabe même combat, diriez-vous aujourd’hui Israël-Occident-Europe même combat ?
Guill,aume Faye : Carl Schmitt, célèbre politologue allemand que Raymond Aron a fait connaître et traduire en France, disait que ce n’est pas d’abord vous qui désignez votre ennemi, mais que c’est votre ennemi qui vous désigne comme tel, que vous le vouliez ou non. Lorsque l’idéologie islamiste ( qui bénéficie d’un énorme retentissement dans les masses et qui ne s’embarrasse pas de subtilités intello-parisianistes) parle de « judéo-croisés », pour désigner leur ennemi principal, voilà qui donne à réfléchir. Je vais répondre à votre question et ma réponse s’inspirera de mon maître, Nicolas Machiavel. Tout d’abord, je n’aime pas le terme d’ « Occident » car il semble exclure la Russie et qu’il est superficiel (pourquoi l’ « Ouest » ? ). La realpolitik du XXIe siècle devra viser à regrouper tous les peuples d’origine européenne, dont les intérêts convergent et qui affronteront les mêmes menaces, quel que soit leur continent d’implantation. L’État hébreu devra rejoindre cette alliance, en se plaçant sous sa protection, intégré mais non pas assimilé, mais sans prétendre la diriger, avec la garantie absolue que l’anti-judaisme est un sentiment obsolète et contre-productif qui n’aura plus cours. D’ailleurs, nier la place des juifs dans la civilisation européenne (entendue au sens large, multi-continentale) m’a toujours semblé du pur délire, le résultat de l’ignorance ou de la mauvaise foi. Au XXIe siècle, Israël ne sera plus au centre des préoccupations du monde, car le monde sera de moins en moins « occidentalo-centré » (les Chinois et les Indiens ont très peu de mémoire historique de la « question juive »). Beaucoup de juifs pensent qu’ils appartiennent à un « peuple central », le fameux sel de la terre. Ce sentiment devra être tempéré.
Néanmoins, Israël est aujourd’hui aux premières loges dans le combat contre l’ennemi commun. Je trouve parfaitement abject les textes lus sur internet de groupes néo-droitistes pro-islamistes qui exaltaient le « martyre » d’une Européenne belge convertie à l’islam qui s’était faite sauter en Israël en tuant des innocents. À l’origine, qu’ai-je à faire de cette guerre entre juifs et musulmans, entre Israéliens et Palestiniens ? Qui a tort, qui a raison ? Ce n’est pas mon problème, sauf que…Oui, sauf qu’à mon sens, le maintien et le renforcement de l’État d’Israel est un impératif vital pour tous les Européens. Car l’effondrement d’Israël serait, pour l’islam, une porte ouverte à la conquête totale de l’Europe. Bref, je soutiens totalement l’État d’Israël tout en déplorant les maladresses et la mollesse de certains de ses actuels dirigeants ( pollués par l’humanitarisme de Buber). Si j’étais à leur place, je t’attendrais pas les autorisations américaines pour aller frapper les sites nucléaires iraniens.
17/ Les positions que vous exprimez ici vont peut-être provoquer un séisme dans votre propre milieu ? On va vous traiter de « judéophile » ?
Guillaume Faye : je ne suis absolument pas « judéophile ». Je considère les juifs comme des alliés, comme partie prenante de la civilisation européenne, avec un statut très particulier et original de « peuple à part » (ce qui ne signifie pas « supérieur »), c’est très différent. Mais j’ai toujours ressenti un rejet pour l’antijudaisme ; non pas qu’il m’ait semblé « immoral », mais tout simplement inutile, graveleux, infantile, politiquement inconsistant, dépassé. Mon but est de provoquer des séismes, de faire réfléchir, de bousculer les préjugés, de faire évoluer les mentalités. Débarrasser mon milieu de l’antijudaisme et de l’antisionisme contre-productifs — dont il est encore empreint – me semble être une nécessité stratégique. Ce fait doit être sereinement pris en compte. Pour moi, les juifs sont eux mêmes, fiers de leur vérité intérieure, gardiens de leurs propres secrets. La communauté juive devrait réfléchir activement sur la pertinence de mes théories et envisager ses propres évolutions idéologiques. Mon essai à paraître La Nouvelle Question juive, éclairera beaucoup d’angles obscurs. Je creuse des trous dans le sol pour faire jaillir des volcans.
NOTES.
(1) Ouvrages écrits de 1980 à 1986 : Le Système à tuer les peuples (traduit en italien), Les nouveaux enjeux idéologiques, L’économie organique ,La Nouvelle Société de Consommation, Sexe et idéologie, L’Occident comme déclin, Nouveau discours à la nation européenne.
(2) Ouvrages écrits de 1986 à 1999 : Le Guide de l’engueulade, Le Guide du séducteur pressé, Les extraterrestres de A à Z.
30.08.2007
Gaillot Monseigneur
N’ayant que peu de temps à consacrer à des chroniques ces temps-ci, je me permet d’exhumer ce texte, que j’ai naguère publié sur un blog auquel je participais il y a un siècle ou deux. Je n‘en renie pas une ligne, même si j’ai appris depuis à me garder de cette paresse intellectuelle qui nous incite à voir dans le « prêtre de gauche »l’unique gangrène à figure humaine dont l’église est la proie…Il est nuisible au possible, c’est une affaire entendue, mais nous évoquerons ici plus tard les dames patronnesses shootées à la tradition, et je vous promet qu’elles ne s’en sortiront pas mieux que le diablotin d’Evreux.
Monseigneur,
Ça m’écorche la gueule de vous appeler Monseigneur. Dois-je alors dire Monsieur ? Le titre me semble encore très usurpé. Je connais des messieurs de toutes sortes, admirables par exception, respectables de temps en temps, médiocre très souvent. J’ai vu des foules de médiocres. Innombrables. A vous bonder les autobus et les trains. Des foules d’anodins pétris d’une chair moyennement faible et d’un esprit passablement prompt, ni beaux ni laids, ni gras ni maigres, ni Mère Térésa ni mercantiles, des hommes aux placards vides de cadavres ou de justes pourchassés.
En rang dispersés derrière ce peloton opaque, arrivent quelques petites frappes qui battent leurs mères, des notables avec lesquelles il ne faut pas aller à la chasse à l’éléphant, des politiciens en fuite... Pour clore le cortège de ceux que l’on appelle « Monsieur », ne fusse qu’au tribunal, un mac qui savate le ventre de sa gagneuse, un patron du CAC 40... Tu vois, Gaillot, l’éventail est large, et pourtant, il n’y a pas ta taille. Dois-je alors t’appeler « crevard » ?... Nous approchons, mais nous n’y sommes pas encore. Belzébuth ? Tu le prendrais pour un hommage.
Gaillot ? Nous y sommes ! C’est bien le nom qui me vient à l’esprit quant mon ventre se tord de rage et de douleur et que je rend mes tripes à la vue d’une face de porc dont on pressent que sous un masque bonhomme, il cache une face de mort. Pour commencer, Gaillot, je tiens à te dire que tu n’as pas de chance. A d’autres époques, tu aurais été brûlé vif. Une belle flambée, et plus de Gaillot ! Ton corps n’aurait pas été beau à voir, mais pour ton âme, quel lifting !
A l’inverse de ce qu’affirment les historiens qui ne connaissent rien de l’histoire, le Saint-Siège aurait été patient avec toi, au moyen âge. Au temps des premières catacombes, tes frères en Christ auraient, eux aussi, fait montre à l’égard d’un traître de ton acabit de bien de pudeur et d’indulgence, à l’image du Saint Père qui préféra longtemps tourner la tête devant tes pitreries monstrueuses. Pour ton malheur, quand tu as passé les bornes, Jean-Paul n’avait pas les moyens de te nettoyer autrement qu’en te confisquant ton évêché d’Evreux.
Depuis lors, tu enchaînes les mascarades. Il y a un singe dans la maison du père ! Tes frères en Christ s’enfoncent chaque jour un peu plus dans les catacombes, et toi, pour sortir et entrer, tu as un ausweis ! Tu bois dans le bénitier et te goinfre d’hosties, et tu sors pour faire un tour dans l’arène, caresser les lions et te coucher à table avec césar, une tranche de gigot dans les mains.
Tu défends les pauvres Gaillot ? Va dire ça à tes copains de la jet-set, mais pas à moi. Va raconter ces sornettes à tes amis de gauche qui roulent en Mercedes 500 et qui produisent des films, ils en feront un long métrage. Je sais que le public est un mystère, mais avec un peu de chance, tu devrais ramasser de la caillasse ! Les chrétiens savent que les amis des pauvres ont toujours été battus, moqués, privés de caméra, livrés en pâture aux rieurs, déchiquetés par les dents cariées des nihilistes... Tout le contraire de toi, Gaillot !
Il y a quelques temps de ça,, Finkielkraut, est devant les fauves, et qu’as-tu fais tu, assis sur un gradin VIP ? Tu baisses le pouce et pétitionnes contre lui. Je sais que cette lettre ne te fera pas le moindre mal, Gaillot. Pour tacher de larme une lettre d’insulte, il faut un cœur. Toi, tu vas la découvrir sur ton écran, tu feras venir les quatre permanents de ton association payés par le contribuable et tu leur en feras la lecture. A chaque phrase, tes yeux bleus sataniques pétilleront d’avantage et ta gueule de fouine sera traversée par ce sourire de carnassier que les sots prennent pour une marque de bonté. Le personnel subventionné se tiendra debout autour de toi, et vous rirez.
Les larmes ne sont pas à ta portée, Gaillot. Un Chrétien de ta sorte se repère mieux qu’un cochon avachi au milieu d’une roseraie. Tu pues comme un mort, tu dis ne pas croire en Diable alors qu’il a signé sur ton visage comme sur un livre d’or, et tu t’es moqué de la splendide agonie de ton Pape en confiant à tes amis des médias qu’il devrait « passer la main ». Mais à qui ? A toi Gaillot ? A ton frère en anti-Christ l’abbé Pierre ? Un Borgia aurait mieux fait mieux l’affaire ! »
Que Dieu vous garde, Monseigneur.
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27.08.2007
Raymond Barre
Lorsque j’ai entendu la nouvelle de la mort de Raymond Barre, il m'est revenu une phrase de Jean Dutourd à son propos, que je cite de mémoire:"en le nommant, V.G.E. à placé un bull-dog devant la cassette de l'état".
La politique qu'il mena fut certes sans imagination et pas le moins du monde à la hauteur des enjeux de son époque, mais il avait cet instinct qui font les grands commis de l'état et grâce auquel ils pressentent que la France ne sera pas en état de surmonter le moindre obstacle si elle a la corde au coup et que ses caisses sont vides.
Les historiens seront fascinés par lui et par le fait qu'il a tenu les cordons de la bourse juste avant la terrible fuite en avant de 1981, comme si ce gros monsieur avait senti qu'après que les portes se soient refermés sur lui, allait venir le règne des rois enfants, des dilapidateurs et des joueurs de casino. Il savait ne pas être de taille pour enrayer leur marches, mais il eut assez de prescience pour comprendre qu'ils allaient venir.
Après les 2 ans de Chirac à Matignon, l'arrivée de Barre sonnera dans nos livres d'histoire comme une fin provisoire de récréation. Il faut l'entendre raconter avec sa bonhomie désabusée comment Chirac et sa femme lui ont demandé audience pour lui dire à la fin d'une soirée toute en politesse dans les jardins du palais qui abrite nos premiers ministres ("dans ces cas là, on est toujours aimable", dixit gros Raymond himself) "nous vous prévenons, nous allons vous attaquer"…Je frémis à la simple idée que cette déclaration de guerre fut peut-être lancé un samedi soir et que le matin d’après, Bernadette Chirac née Chaudron de Courcel serait donc allée s’agenouiller sur son prie-Dieu réservé à Saint-Nicolas du Chardonnet, en se tenant la tête dans les mains au moment du Dies Irae pour faire croire à ses copines de banc qu’elle priait …Salope…
Je pense qu'il s'est dit à ce moment qu'ils arriveraient quoi qu'il arrive à leurs fins, eux ou d'autres, eux et les autres l'un après l'autre, et que c'était une raison de plus pour ne rien lâcher et ne pas creuser les déficits dont ils étaient capables de se charger sans lui....Il a agi comme le chef d'une famille déclinante qui sait que ses enfants sont ivrognes, immatures et sujets aux caprices, mais qui plutôt que de les punir préfère en douce souscrire à leurs noms un contrat d'assurance vie.
Tous les étudiants de science po. devraient se repasser en boucle le débat (disponible dans les archives de l'INA) qui l'opposa à Mitterrand en 1978, et au cours duquel l'autre florentin de mes deux fut littéralement explosé et renvoyé dans son coin les mains sur la nuque, mais je crois que ces images sont de nature à dissuader quiconque les voient de ne plus accorder le moindre crédit au jugement populaire, car en effet, l'autre s'est fait élire 3 ans plus tard, et Barre a quitté Matignon sous les sifflets.
Je conchie mes compatriotes pour l'avoir hué pendant cinq ans, avant de se dire 3 ans plus tard qu'il était peut-être, sommes toutes, le père de la nation, pour in fine se raviser et,se ranger aux avis de Jack Lang, du chanteur Renaud et du magasine "Globe" et signifier à Mitterrand qu'ils le gardaient parce qui'il était vieux, qu'ils avaient peur, et que ceux qui ont peur s’agrippent aux vieux( "bonne nuit les petits, tonton veille sur vous", avait ironisé pendant la campagne électorale Raymond Barre, en ne croyant pas si bien dire).
Raymond Barre m'agaçait prodigieusement quand je l'entendais dire du bien de tout le monde et distribuer les bons points même aux plus improbables de ses adversaires, car je ne voyais dans ses politesses qu'un esprit de castre, et sans doute, d'ailleurs, il y avait un peu de cela. mais Je crois maintenant qu'il était animé aussi par la douleur devant le spectacle que nous donnent quotidiennement ses paires, qu'il se faisait un devoir de prendre sur lui et ne pas verser de la colère sur la colère.
Un homme carré dans un corps rond, disait on de lui....Creusez vous la tête pendant des nuits, vous ne trouverez pas une formule plus juste pour croquer cet enfant de Colbert.
Nous venons de perdre un grand président du conseil du Roi, mais pour son malheur et pour le notre, nous n’avons plus de Roi. Monseigneur Lustiger, qui nous a quitté quelques jours avant lui, disait qu’il se languissait de la mort et des conversations qu'il allait avoir avec Richelieu. Je pense que Monsieur Barre aussi vient d’être reçu par lui en audience, et qu’ils se disent présentement des choses qui comptent.
20:25 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.08.2007
Les mythes judéo-chrétiens en littérature.
Le mythe de la fin du monde et de l'Apocalypse.
Par Yona Dureau (Université Jean Monnet; St Etienne)
Le mythe de la fin du monde naît d'une traduction problématique de deux termes de la Genèse associée à la version la plus pessimiste des avenirs possibles de l'humanité envisagés par le Talmud. On peut considérer que le mythe de la fin du monde est un mythe typiquement chrétien dans la mesure où il ne reflète pas l'eschatologie hébraïque d'origine. Le texte de la Révélation de l'apôtre Jean développe ensuite la vision messianique et eschatologique de ce mythe en associant ainsi de façon durable fin du monde, renversement des ordres de la normalité du monde humain, retour messianique et jugement divin. Ce mythe hante la création artistique, qu'elle soit littéraire, picturale, musicale, ou filmique.
Cet article se propose d'étudier ce mythe dans son origine et son élaboration, avant de considérer les sens ambivalents d'espoir et de peur, de destruction et de rédemption, d'ordre et de renversement qu'il porte en lui. Notre première partie étudiera ainsi l'origine du mythe et ses caractéristiques. Notre deuxième partie se concentrera sur l'utilisation du mythe dans la création artistique et son rôle moteur dans la dynamique de cette oeuvre. La dernière partie sera consacrée à l'étude de l'ambivalence de ce mythe de destruction qui reste associé à un principe de renouveau et de création.
I. L'origine de l'expression de la "fin du monde" et l'élaboration du mythe
1. La Genèse et l'histoire des hommes : l'erreur de traduction et l'élaboration du sens sur l'expression erronée.
L'expression originale "fin du monde" traduit alternativement deux expressions apparaissant dans les textes talmudiques discutant de la venue du messie : "aharit hayamim" et "ketz hamyamim". La tradition exégétique biblique convient de reprendre la première utilisation d'un mot dans la bible pour en comprendre les connotations et sens divers. Il est ici évident que l'expression "aharit hayamim" ("l'après des jours" littéralement) est construite sur l'expression "kets hayamim", et qu'il nous faut considérer la première occurence de "kets hayamim" pour comprendre celle de "aharit hayamim". Or l'expression "kets hayamim" est une expression figée qui ne peut se traduire en prenant séparément chacun des deux termes, et le sens de "kets" n'a signifié "fin" que selon un sens très dérivé, et en hébreu moderne. Sa première occurence apparaît dans le livre de la Genèse (chapitre IV, 3) à un moment qui ne désigne pas précisément la fin du monde mais plutôt le début de l'histoire de l'humanité. La traduction de Jacques Ier, qui est jusqu' aujourd'hui la plus proche du texte hébraïque, traduit à cet endroit l'expression "kets hayamim" par "process of days", le "processus des jours". Le "kets hayamim" désigne donc ce qui est de l'ordre de l'histoire humaine, d'une forme de préhistoire de l'humanité avant que l'homme ne concentre ses forces sur sa vraie destinée spirituelle et que ne commence la véritable histoire de l'humanité, après ces jours identiques les uns aux autres, "aharit hayamim" (Genèse 49:1) . L'avenir de l'humanité n'était donc pas, à l'origine, essentiellement condamné à la destruction.
2. Les sources talmudiques : les deux voies possibles du destin du monde
Le Talmud, dans les discussions liées à l'advenue des temps messianiques et du "aharit hayamim", envisage en fait deux issues bien distinctes. L'humanité parviendra à une reconnaissance de la divinité et de son caractère unique, et comprendra la complémentarité nécessaire d'Israël et des nations et leurs rôles, et la paix règnera sur terre. Dans le cas inverse, la guerre règnerait entre deux super-puissances, Gog et Magog, et un déluge de feu se répandrait sur le monde. La possibilité apocalyptique existe donc dans le Talmud, mais elle n'est pas présentée comme la seule issue possible. L'arrivée du messie doit même contribuer à éviter le désastre, non à le précipiter. Enfin, l'expression du "monde à venir" est à comprendre dans un sens de présent absolu de "monde qui vient", car d'une part il ne s'agit pas d'un futur, mais d'un présent, et d'autre part, le monde qui doit s'établir après le processus des jours est un monde d'où le temps est absent. L'humanité doit revenir au temps du jardin d'Eden, mais d'un jardin d'Eden conforme à la volonté divine. Ainsi, les arbres-fruits seront à nouveau fruits et non fruitiers, mais ces fruits seront éternellement mûrs, sans besoin du perfectionnement du mûrissement .
3. La voie apocalyptique et le choix du monde de pensée chrétien
En fait la voie apocalyptique catastrophique de la destinée de l'humanité ne se développa que tardivement et sous l'influence essentielle du texte de l'Apocalypse de Jean. L'Apocalypse signifie "le retournement" et, en effet, les temps messianiques selon le Talmud se caractériseraient par de nombreuses formes de mondes inversés. Les jeunes ne respecteraient plus les vieux, les juges ne jugeraient plus mais seraient jugés, la corruption règnerait. Le texte de la Révélation va associer à la notion de monde inversé une série d'images de souffrance, de torture, et de destruction, avec le retour de Jésus et le jugement des âmes. Philippe Aries a pu montrer que le jugement des âmes se confond progressivement avec le jugement dernier au Moyen Age et explique la peur de la Mort gagnant l'Europe à la fin du XVIe siècle. Il est possible de dire que cette confusion produisit aussi un choc en retour en mêlant indistinctement jugement dernier, jugement des âmes, Apocalypse et fin du monde à la notion même de mort. Ainsi le retour du messie, souhaité ardemment les premières décennies, puis les premiers siècles après la mort de Jésus, devint peu à peu un sentiment ambivalent puisque ce retour devait s'accompagner d'une destruction effrayante. Cette ambivalence se retrouve dans un processus dynamique de création et de destruction de l'oeuvre en train de se créer, que ce soit dans la représentation de la vie et de la mort dans l'oeuvre (survie et destruction), dans le rapport du monde humain au divin (résignation et lutte), dans le rapport du lecteur à l'oeuvre (fascination et rejet), comme dans le statut de l'auteur (spectateur et auteur, homme et dieu).
II. Le mythe de l'Apocalypse : tension ou mort de l'oeuvre
Le retour messianique est porteur d'espoir de justice et de rédemption. L'Apocalypse devient progressivement synonyme de mort et de destruction, objet d'horreur et de peur. L'Apocalypse devient ainsi un axe de la tension de l'oeuvre.
1. La lutte contre l'Apocalypse et l'inversion sémantique du divin
L'Apocalypse peut créer une tension dynamique dans une oeuvre de fiction. Elle focalise alors toutes les peurs les plus primitives de destruction. L'oeuvre se construit de façon assez classique comme une lutte contre les forces destructrices, et le héros parvient à sauver l'humanité, acquérant une dimension surhumaine. mais ce faisant, les forces divines de l'Apocalypse sont diabolisées.
Que l'on considère ainsi Independence Day, et l'on conviendra aisément de la ressemblance étonnante des nuages précédant les vaisseaux spatiaux des aliens avec les ciels enflammés des tableaux apocalyptiques de la Renaissance. Les aliens sont porteurs potentiels de destruction universelle et deviennent ainsi des êtres sublimés, mais qui doivent être combattus. Pourtant, dans une logique spirituelle, les porteurs de l'Apocalypse ne devraient pas être combattus mais accueillis. Malville, roman d'anticipation de Merle, envisage la destruction de l'humanité selon une interprétation moderne des fleuves de feu brûlant la corruption de Babylone : la centrale supersonique de Malville a explosé et le feu atomique a remplacé le feu divin. Le monde de quelques survivants abandonnés à leur sort semble bien dépourvu d'espoir messianique après la catastrophe, sinon dépourvu de divinité malgré leurs efforts pour garder une forme de spiritualité. Le Cinquième Cavalier, roman d'anticipation lui aussi se propose de lire des événements modernes selon le texte de l'Apocalypse. La tension du texte, qui s'établit ainsi dans un temps pré-apocalyptique, et non post-apocalyptique comme le précédent, se fonde donc sur une possibilité infime de l'homme, à son échelle, de combattre le divin, le temps divin, et la pré-destinée du monde. Le traitement moderne de l'Apocalypse permet donc l'expression détournée du combat de l'homme contre la divinité que présentent certains mythes grecs.
2. La Symphonie Fantastique, le Septième Sceau : danse macabre et fin du monde
Dans la Symphonie Fantastique, Hector Berlioz utilise au coeur du drame musical d'un amour malheureux pour une jeune fille le thème du Dies Irae, Dies Illa, issu de la messe, mais référant directement à l'Apocalypse en termes de punition : "Jour de colère que ce jour-là". Le thème est repris sur un rythme piqué puis à contre-temps, transformant le chant triste et solennel en une danse diabolique, bientôt connotée par la sonnerie de douze coups de cloche qui la transforme ainsi en une danse des morts. Mort individuelle ou collective, épidémique, évoquée par la transmission de la maladie liant par la main malades, vivants et morts. Le film de Bergman Le Septième Sceau, reprend de façon similaire la thématique de la maladie épidémique annoncée par le texte de la Révélation pour l'illustrer par une danse macabre finale où la mort ayant enfin rejoint le cavalier de l'Apocalypse, elle entraîne tous les hommes dans sa danse infernale. L'Apocalypse est, dans ces deux cas, une source de tension, d'angoisse, fondée sur des peurs primitives de mort individuelle et de peur de la maladie. La résignation qui suit la danse macabre dans la symphonie de Berlioz ou le film de Bergman n'est qu'une demi-résignation, celle du spectateur confronté à un destin, mais peu enclin à accepter le sort du personnage disparu sous ses yeux. Ainsi le destin collectif et imaginaire est devenu en quelques associations un destin individuel et inexorable. L'eschatologie atemporelle s'inscrit dans un réel si proche qu'elle suscite à la fois l'identification et le rejet, et par conséquent la fascination morbide. Il est certain que ces deux oeuvres artistiques ont le mérite de refléter ce que devait être la représentation imaginaire du Jugement dernier au Moyen Age, encore enclin à lire le monde comme un livre où s'inscrivaient les signes décrits par les textes, encore porté à ne voir dans la réalité que la mise en scène du sacré, parce que la difficulté quotidienne était déjà génératrice d'angoisse : "[La] panique va projeter les fidèles de l'ancienne religion dans une violence prophétique, violence qui les fera agir avec Dieu, dans Dieu ;[...]" (Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu) . La création artistique, en proposant une expression de ces craintes primaires, propose un sens au non-sens, une expression à l'inexprimable, une structure à ce qui apparaît comme un chaos. Cet apport permet d'expliquer, selon une autre perspective, l'ambivalence entre attraction et crainte du spectateur pour l'oeuvre inspirée par l'Apocalypse.
2. L'Apocalypse et le meurtre symbolique des personnages
Tout auteur, selon Shoshana Fehlman, procède à un meurtre rituel de ses personnages avec la fin du roman. L'Apocalypse contient le meurtre symbolique de l'ensemble, ou presque, des personnages. Ainsi, l'Apocalypse constitue un thème permettant non seulement de procéder à ce meurtre rituel et symbolique, mais de jouer sur l'horizon d'attente établi a priori par un intertexte annonçant cette destruction finale.
Dans Malville. les personnages hissés au statut de héros par leur survie au cataclysme sont ensuite décimés par des incidents dérisoires. Le chef de la colonie meurt ainsi d'une appendicite, parce que l'ordre de la société précédente a eu pour conséquence une répartition élitiste des connaissances vitales de l'humanité, désormais perdues. L'ordre divin est combattu, mais la société humaine n'en est pas pour autant grandie, et la fin des héros s'avère dérisoire, inutile. La tension de l'oeuvre s'exerce alors entre l'espoir et sa déception de voir les héros survivre malgré tout à un destin écrit d'avance. La destinée apocalyptique des personnages de Malville rejoint la tragédie grecque où l'homme se bat en vain contre un avenir préétablit.
Malville illustre ainsi la tentation de l'auteur de finir une oeuvre en en terminant avec ses personnages par un meurtre symbolique. Après que le thème de l'Apocalypse ait été abordé, les survivants ne bénéficient d'un sursis que pour ensuite connaître une fin comparable à celle du massacre final de Hamlet : l'Apocalypse est alors autant la fin prévue dans l'ordre divin que la conséquence de la bêtise humaine.
2. L'Apocalypse et le meurtre symbolique de l'auteur
L'Apocalypse serait une histoire qui se raconterait toute seule, une histoire déjà racontée dont le texte se réalise dans la réalité. L'ordre d'écriture et de lecture entre monde et fiction est donc symboliquement inversé et l'auteur disparaît derrière un texte suprême qui l'engloberait symboliquement. Ce faisant, l'auteur n'est plus qu'un conteur, et il est significatif que le narrateur de Malville soit un des survivants. La seule alternative possible est celle de la position de l'auteur omniscient, position que la langue anglaise qualifie sciemment de "god-like writer". Le regard de la caméra de Independence Day ou de Armageddon surplombe la scène des affaires humaines par des vues panoramiques, des plongées et contre-plongées qui donnent au spectateur le sentiment de participer à la contemplation de l'auteur démiurge. Le cadrage du Septième Sceau est plus subtile, mais nous sommes évidemment dans un "hors-cadre" qui permet une observation muette et passive semblable à celle à laquelle nous convie l'auteur démiurge. L'Apocalypse ne donne pas le sentiment d'un artifice de ce regard puisqu'elle en établit la condition. Le spectateur et l'auteur se situent imaginairement dans la position de spectateur, en renversant ainsi symboliquement une hiérarchie implicite de l'ordre de la lecture. L'auteur disparaît et meurt symboliquement dans le cataclysme qu'il décrit et qui le dépasse.
3. L'Apocalypse et l'ordre du renversement
a.Les mondes inversés et les périodes d'attente millénariste
Le thème du renversement de l'ordre des choses était présent, nous l'avons vu, dans l'évocation des temps messianiques dans le Talmud. Avec le développement de l'apocalyptique chrétienne, ce thème va se voir confondu avec celui de l'approche de la fin du monde, puisque les temps messianiques se confondent dans l'eschatologie chrétienne avec le jugement dernier et la fin du monde.
Ainsi, la fascination exercée à certaines époques par les mondes inversés, que ce soit dans les oeuvres littéraires ou dans les oeuvres iconographiques, peut s'expliquer par un développement implicite du thème de l'Apocalypse et par l'association elle aussi implicite du thème du retournement avec celui du jugement, de la justice . Le développement de cette thématique peut se lire dans une perspective historique comme une tentative de certaines époques politiquement ou religieusement troublées, pour réétablir du sens dans ce qui était perçu comme un bouleversement eschatologique, social, et psychologique. Lorsque la France subit les
guerres de religion et les affrontements entre plusieurs prétendants au trône, lorsque l'Angleterre est gouvernée par une reine et devient le théâtre d'affrontements religieux, les représentations de mondes inversés se multiplient, ainsi que les prédictions de fin du monde.
On peut émettre l'hypothèse que la dynamique du renversement établit au sein de l'oeuvre une tension dramatique anxiogène parce qu'incontrôlable et parce qu'elle engendre plusieurs directions sémantiques contradictoires. Simultanément ces contradictions constituent l'expression même de l'angoisse eschatologique qui pousse son auteur à écrire ou à peindre.
Dans l'exemple de monde inversé que nous avons reproduit ici, il est significatif que les renversements concernent essentiellement les ordres de l'autorité. L'homme n'a plus autorité sur la femme, ce qui constitue son cadre d'autorité intime, il ne domine plus le règne animal, ce qui constitue son cadre d'autorité plus général et naturel. Il est battu par ses enfants, ce qui constitue un retournement de l'ordre générationnel de la relation d'autorité. La première image présente les deux Atlas en fous du roi tenant le monde à l'envers et la dernière image est une représentation d'une ville dans les nuages surplombant le soleil et la lune : à ce point, les retournements ont quitté l'ordre de la Cité pour atteindre une échelle cosmique. Ces deux images nous fournissent la clé du lien entre l'image des mondes inversés a priori ludique, et celle de l'Apocalypse et des bouleversements angoissants qu'elle annonce. Le monde inversé serait lui-même une inversion du drame cosmique en comédie cosmique.
b.Le renversement de l'écriture
Plusieurs renversements essentiels du sens de l'écriture dans le rapport au réel ont lieu dans le cas de l'Apocalypse. Il y a tout d'abord un renversement temporel. La fiction ne prétend pas d'ordinaire précéder la réalité mais la représenter, c'est-à-dire la présenter à nouveau . Dans le cas de l'Apocalypse et de toutes les oeuvres qu'elle a inspirées, c'est le monde qui re-présente le texte (de l'Apocalypse) et non l'inverse. Le signifiant n'est plus le signifiant du texte mais celui du monde, et le signifié est constitué par le texte, qui se présente comme en adéquation avec la Parole divine.
Cette conception de l'écriture dans son retour aux sources de l'exégèse biblique est rendue plus aisée dans son élaboration par la communauté de son discours mystique avec les sources littéraires de ce même discours. La Bible, dans son texte original hébraïque, présente la création du monde par dix "paroles", puisque le mot "davar" signifie à la fois "chose", "mot", et "parole". L'Apocalypse annonce le bouleversement du monde, mais ce faisant elle crée potentiellement un monde qui réalisera ses paroles. Dans ce contexte, on comprend mieux les phénomènes de manifestations collectives à l'approche des temps craints et désirés, interprêtés comme contemporains de la fin du monde. Parce que l'imaginaire biblique est conçu comme une histoire vécue, une "mise en scène du temps divin" (Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu), il ne s'agit pas pour tous d'attendre la fin des temps et l'Apocalypse. Certains s'emparent de cette chronique d'une violence annoncée pour la réaliser. La violence de l'époque actuelle dans les pays de renouveau religieux n'est qu'une réactualisation de ce retournement du sens.
III. L'élaboration d'une tension dramatique : Le mythe apocalyptique et la rédemption
La tradition chrétienne a repris le thème apocalyptique pour l'associer au retour messianique, de sorte qu'une tension s'établit très souvent dans l'oeuvre entre l'espoir de rédemption annoncée par l'Apocalypse et la crainte de la destruction associée à la fin du monde.
Dans le texte de La Révélation de Jean, les cinq cavaliers de l'Apocalypse viennent frapper l'humanité de plaies et d'épidémies, puis après le passage de l'Antéchrist et la destruction de Babylone, cité de la corruption, le Messie revient pour juger les vivants, condamner les incroyants à l'enfer, récompenser les fidèles par le paradis éternel, et ressusciter les morts. Le bouleversement cosmique, accompagné par des destructions et souffrances effrayantes qui précèdent, selon le texte, le retour messianique et le jugement irréductible final, ont fait de ce texte un pôle d'ambivalence sémantique entre la rédemption et la destruction. Cette ambivalence constitue un outil d'une intensité dramatique exceptionnelle, et nous allons considérer tout d'abord une pièce ayant repris cette double valeur de l'Apocalypse.
1. The Tempest : de l'Apocalypse à la rédemption
La pièce de Shakespeare, La Tempête, commence par une scène où les marins se battent contre l'océan lors d'une tempête de "dimension cataclysmique" selon Miranda qui assiste à la scène.
[...]The sky, it seems, would pour down stinking pitch,
But that the sea, mounting to the welkin's cheek,
Dashes the fire out. (The Tempest, Acte I, scène 2)
Le premier homme à sauter à l'eau et abandonner le navire est le fils du roi Ferdinand, qui s'écrie que l'enfer est vide, et que tous les démons sont là : "Hell is empty /And all the devils are here" (scène 2). Le monde catastrophique de la tempête se double ainsi d'un monde où l'ordre des éléments spirituels est perturbé, ce qui est la caractéristique de l'Apocalypse avant le jugement des démons par Jésus.
Quand les rescapés du naufrage se réveillent sur l'île, ils entendent le chant d'Ariel, l'esprit, et alors qu'ils pensent être dans un monde divin, ils apparaissent comme des esprits à Miranda (Acte I, scène 2). Le monde de l'île de Prospero se caractérise donc par une tension entre enfer et paradis, ce qui reflète la tension de l'Apocalypse entre retour messianique et jugement dernier. Mais de plus, les personnages vont percevoir le monde qui les entoure en fonction de leur degré de spiritualité. A la scène 2 du premier acte, Ariel entre en scène en jouant une musique que Antonio, Gonzalo et Francisco perçoivent, puisqu'elle les endort. Mais Alonso et Sebastian, eux, ne s'endorment pas, et conçoivent un complot contre Gonzalo, qui est l'héritier potentiel du trône. Ariel intervient à nouveau pour éveiller Gonzalo et le sauver. Cependant, la totalité de l'échange verbal entre Sebastian et Antonio reprend les métaphores liées au sommeil, et ils conviennent que leur esprit est "endormi":
Sebastian What a strange drowsiness possesses them!
Antonio It is the quality o' the climate.
Sebastian Why does it not then our eyelids sink? I find not
Myself disposed to sleep.
Antonio No I; my spirits are nimble.
They fell together all, as by consent;
They dropp'd, as by a thunder-stroke. What might,
Worthy Sebastian? O, what might? ------ ----_ No more:_
And yet methinks I see it in thy face,
What thou shouldst be : the occion speaks thee, and
My strong imagination sees a crown
Dropping upon thy head.
Sebastian What, art thou waking?
Antonio Do you not hear me speak?
Sebastian I do; and surely
It is a sleepy language and thou speak'st
Out of thy sleep. What is it thou didst say?
This is a strange repose, to be asleep
With eyes wide open; standing, speaking, moving,
And yet fast asleep. (Acte II scène 1, v. 199-215)
Ceux qui ne dorment pas du sommeil "du juste" sont spirituellement endormis, insensibles aux charmes de l'île. Seuls les êtres éveillés spirituellement sont en phase avec elle, sereins, réellement endormis.
Ce qui est rêve pour les uns est un cauchemard éveillé pour les autres. Ce qui est paradis pour les uns est enfer pour les autres : le thème du jugement dernier est ici en filigrane, soutenu par la métaphore de la magie opérée par Prospéro sur les êtres et les éléments. Celui-ci nous dit, dès la scène 2 de l'Acte I, qu'il ne dispose que de six heures pour accomplir son oeuvre répératrice.
Prospero Ariel, thy charge
Exactly is perform'd: but there's more work.
What is the time of the day?
Ariel Past the mid season.
Propero At least two glasses. The time 'twixt six and now
Must by us be used mot preciously. (v. 236-241)
A l'acte V, scène 1, Prospéro s'enquiert à nouveau de l'heure, et Ariel lui répond que la sixième heure est atteinte et que leur oeuvre doit cesser . Ariel est un esprit dont le nom fait traditionnellement référence au lion de Judée (Ariel : lion de Dieu), qui correspondait à l'emblème de la tribu de Judah dont devait descendre le messie. Les six heures sont une transposition habituelle en heures des six millénaires séparant la création du monde du retour messianique. Prospéro est devenu "lord" de son île déserte en y débarquant avec sa fille, et le terme signifie simultanément seigneur et Dieu. Qu'il soit une représentation anthropomorphique de la divinité ou bien celle d'un cabbaliste évoquant les esprits pour hâter la venue du monde à venir, il est clair que la pièce lui donne un rôle central dans un travail de réparation du monde et des êtres qui échoit ordinairement aux personnages messianiques. Prospéro n'a pas cherché vengeance, il a cherché à éveillé le repentir de ceux qui l'avaient déchû de son trône . Il se décrit lui-même comme ayant permis la résurrection des morts:
[...] graves at my command
Have waked their sleepers, oped, and let them forth by my potent art. But this rough magic
I here abjure, and, when I have required
Some heavenly music, which even now I do,
[...] I'll break my staff. (Acte V, scène 1,v. 48-52)
La tempête devient donc elle-même une métaphore du bouleversement cosmique devant avoir lieu lors du jour du jugement. La pièce, après avoir joué de la tension dramatique entre destruction et rédemption, a choisi la rédemption, et Prospéro quitte sa magie pour restaurer l'ordre habituel du monde humain.
D'autres créations artistiques ont repris la tension dramatique de l'Apocalypse, mais en insistant d'avantage sur le jugement inhérent à la scène finale. C'est le cas de la Peseuse de perles, tableau de Vermeer de Delft qui dépasse la dimension d'une scène intimiste pour mettre en scène la condition de l'homme selon le croyant.
Vermeer de Delft La Peseuse de perles
Schéma des correspondances de tons mettant aussi en évidence
les parallélismes de composition des lignes entre la scène du jugement
et celle de la pesée
2. Vermeer de Delft La Peseuse de perles : Apocalypse, jugement dernier, et engendrement du fils de l'homme
Le tableau de Vermeer de Delft présente au premier plan une jeune femme enceinte en train de peser des perles face à une fenêtre déversant sa lumière sur elle. La scène est paisible, les tons doux et chauds, et l'attention de la peseuse évoque la lenteur du geste, tandis que son doigt tendu en parallèle au-dessus du bras de la balance exprime la minutie. Le spectateur qui s'approche alors de ce tableau assez petit (une cinquantaine de centimètres carrés) découvre au second plan un tableau dans le tableau, qui loin de répéter la première scène, semble tout d'abord contraster violemment avec elle. Des âmes sont jugées par une divinité en majesté et certaines se voient déjà condamnées aux flammes dont les tons rouges, oranges et jaunes renvoient aux tons chauds du premier plan alors que le fond du tableau est sombre et contraste fortement avec la lumière émanant de la fenêtre. Et pourtant les droites du tableau souligne de leurs parallèles l'écho des deux scènes. Le bras de la jeune femme pesant les perles poursuit la parallèle du bras divin tendu. Le cadre de la fenêtre renvoie au cadre du tableau.
Les tonalités du tableau et sa composition graphique insistent sur les échos entre les deux scènes, alors que le cadre de la fenêtre renvoie implicitement à un monde extérieur qui reprendrait en miroir les deux scènes, puisque tous les cadres -dont celui du tableau, celui du tableau de l'Apocalypse, et celui de la fenêtre- les placent symboliquement en équivalence. La condition humaine est donc celle d'un jugement perpétuel, quotidien, voire intimiste, renvoyant au jugement final de âmes. L'engendrement du fils de l'homme dépend lui aussi de l'histoire humaine et de l'histoire des générations, comme le suggère la femme enceinte. Enfin la sérénité de la jeune femme est en contrepoint de la pesée délicate et fragile, des plateaux de la balance qui peuvent à tout instant pencher du côté redoutable.
Ainsi, tableau du monde, scène intime et cosmique se répondent pour prendre un sens dépassant l'individu. La jeune femme enceinte pèse des perles comme elle pèse peut-être en elle ses actions passées, comme celles-ci apparaissent déjà pesées dans un temps apocalyptique. L'enfant qu'elle porte reflète l'espoir d'un avenir non encore déterminé, et le thème messianique du fils de l'homme, né des engendrements et de l'évolution du "kets hayamim" (du processus des jours) insiste sur la tonalité d'espoir liée au retour messianique.
Le mythe de l'Apocalypse et de la fin du monde constitue un réseau de significations ambivalentes qui sont dangereuses dans la mesure où elles mettent en jeu des pulsions puissantes issues des craintes primitives de destruction de soi. Ce réseau d'ambivalences se double d'une série d'inversions dynamiques qui explique comment le mythe peut très rapidement devenir réalité, comment la fiction peut mener au passage-à-l'acte, comment les thèmes de création, confondus avec leur contraire par les craintes de destruction, peuvent composer une réaction en chaîne ancrée dans une réalité terrifiante. Pour toutes ces raisons, le mythe de la fin du monde, fondé sur un contresens, n'en doit pas moins être pris au sérieux, surtout à l'approche de l'an 2000.
Yona Dureau.
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